Les préoccupations légitimes

Il y avait un an hier, les manifestations des opposants au gaz de schiste tournaient à la confrontation. Après avoir appris et constaté que des armes avaient été apportées sur les lieux des manifestations, les policiers fédéraux ont décidé de mettre en place une offensive pour mettre un terme aux manifestations. Certains manifestants ont répliqué en incendiant les véhicules de la police fédérale, on s’en souvient.

La police fédérale, la Gendarmerie royale du Canada (GRC), s’en souvient aussi. Au fil des entrevues données pour marquer l’anniversaire des actions déplorables du 17 octobre 2013, on a appris que les enquêtes sur les gestes criminels commis durant les manifestations, en particulier durant les événements de cette journée-là, occupent toujours l’agenda de la GRC et que d’autres accusations, plus graves que celles portées jusqu’à maintenant, seront probablement portées, comme vous l’avez peut-être lu hier dans l’article de notre journaliste Jean-Marc Doiron.

Des manifestations qui durent finissent souvent par attirer des gens dont les motifs de leur présence n’ont souvent rien à voir avec les buts de la manifestation. Pour les organisateurs des manifestations, il est difficile de discerner les malfaiteurs qui infiltrent les événements.

Il reste que les organisateurs de ces manifestations entretenaient une crainte authentique des conséquences que pourrait avoir l’exploitation intense des gisements de gaz de schiste dans la province en général, dans le comté de Kent en particulier.

Denise Melanson, s’exprimant comme membre de l’Alliance anti-gaz de schiste du Nouveau-Brunswick, a bien raison de décrire ainsi la leçon à tirer de la dernière élection provinciale:

«C’est bien mieux de parler à la population que d’essayer d’imposer quelque chose qui n’était réellement pas acceptable en octobre 2013, ni en 2014.»

C’est précisément ce que le gouvernement Alward a fait dans le dossier du gaz de schiste: imposer sa vision et son discours sur les retombées économiques, souvent exagérées, du développement de l’industrie au Nouveau-Brunswick. Le gouvernement précédent ne voulait pas aborder une discussion sur les risques (presque inexistants selon les porte-parole) et les moyens précis de les gérer. On était en mode promotion tous azimuts.

Y a-t-il des retombées à attendre du développement d’une telle industrie au Nouveau-Brunswick? Oui. L’industrie gazière elle-même créerait des emplois de même que chez les fournisseurs du Nouveau-Brunswick à cette industrie. La question centrale à se poser, toutefois, c’est à quel prix?

On a vu l’an dernier durant les activités de relevés sismiques menées dans le Sud-Est que l’industrie déploie des moyens importants. Il n’y avait pas un camion, il y en avait une demi-douzaine à la queue leu leu. Mais cette procession de camions était modeste par rapport à celle qui serait déployée durant les activités de fraction hydraulique si l’industrie du gaz de schiste exploitait à grande échelle les gisements du Nouveau-Brunswick.

Quand nous écrivons à quel prix sommes-nous prêts à développer l’industrie du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick, on ne peut se limiter à penser à l’effet sur les nappes phréatiques et la qualité de l’air. Ces deux aspects sont déjà préoccupants, mais il faut aussi penser à l’impact des flottes de camions de l’industrie sur les routes, transportant les millions de litres d’eau et de chimiques nécessaires pour réaliser la fracturation. Il faut aussi penser aux aires d’entreposage nécessaires pour les liquides de la fracturation, et leur transport à des facilités susceptibles de pouvoir les traiter.

En se fiant à la liste des études qu’il avait lues sur le gaz de schiste, et que le premier ministre Gallant nous avait partagées alors qu’il était le chef de l’opposition, on peut difficilement douter qu’il ne soit pas sensibilisé aux effets problématiques de plusieurs volets des opérations de l’industrie du gaz de schiste. Celle-ci a un travail colossal à abattre pour rassurer la population du Nouveau-Brunswick et son gouvernement qu’elle peut exploiter le gaz de schiste sans poser de problèmes.