Un objectif réaliste

En 2004, la Convention acadienne tenue à Moncton avait retenu comme priorité l’assemblée délibérante, une structure devant permettre à la société civile acadienne une interaction plus efficace et plus directe avec le pouvoir politique. Dans son discours d’ouverture de la Convention 2014, la présidente de la SANB, Jeanne d’Arc Gaudet, décrit ainsi le but de la Convention de 2004: «Le but de cette Convention était de définir un projet de société pour l’ensemble des francophones du Nouveau-Brunswick, quelles que soient leurs origines.»

C’est en discutant sur le thème de la gouvernance que la Convention en était arrivée à recommander la constitution d’une assemblée délibérante, qui serait devenue un forum de délibération tout près d’un parlement populaire acadien. Certains avaient même rêvé tout haut que la députation acadienne à Fredericton prenne ses directives et ses mandats de cette assemblée délibérante, indépendamment de leur couleur politique, qu’elle fût bleue, rouge, orange ou verte.

Trois autres axes de discussion, trois autres chantiers, avaient pourtant occupé les participants à la Convention: le développement économique communautaire, la vitalité linguistique, artistique et culturelle et le chantier Éducation et Savoir. Avec le recul, on se rend compte que ce n’est pas le dossier de l’assemblée délibérante qui a eu le plus d’impact sur les activités de la SANB et les dossiers qu’elle a menés par la suite. L’Assemblée délibérante avait pourtant reçu l’attention de la SANB: une commission avait été créée pour faire connaître le dossier et le débattre avec la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick. En 2006, un rapport d’une centaine de pages avait été déposé, y compris de nombreux documents de réflexion, par ailleurs fort intéressants. Mais l’assemblée délibérante n’a jamais vu le jour.

Dix ans plus tard, la Convention acadienne 2014 retient encore comme priorité un dossier qui touche la gouvernance, la gouvernance municipale cette fois. On peut dénombrer plusieurs bonnes raisons d’adopter la gouvernance municipale comme dossier prioritaire.

Tout le monde le sait, le dossier de la gouvernance locale piétine. On avait espéré que le gouvernement Graham, fort du rapport Finn qui avait étudié le dossier à sa demande, bouge sur la réforme du monde municipal au Nouveau-Brunswick. Essentiellement, le gouvernement Graham ne s’est pas senti assez fort pour la mettre en chantier. Le gouvernement Alward a prétendu avoir fait un pas vers une réforme de la gouvernance locale en établissant les Commissions de services régionaux. Dans les faits, toute la problématique de la gouvernance locale au Nouveau-Brunswick reste entière.

Jusqu’à maintenant, les pas concrets vers un rassemblement des communautés rurales en une entité municipale ont été initiés, promus et réalisés par les intervenants communautaires, par les gens de régions incorporées et non incorporées convaincus de la nécessité, de la commodité et du bon sens de s’unir pour travailler à son développement collectif.

On comprend très bien l’émotion et, sans doute, la satisfaction de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick que la Convention acadienne 2014 adopte et ovationne, de surcroît, la pleine municipalisation des régions acadiennes du Nouveau-Brunswick. Comme on le rappelle souvent, les citoyens qui habitent dans les districts de services locaux n’élisent pas leurs représentants municipaux, ne peuvent pas, par conséquent, signifier à leurs représentants les priorités de développement, si ce n’est que de les quémander au gouvernement provincial. Dans les districts de services locaux, on observe donc deux carences démocratiques importantes: bien que moins onéreuse, la taxation ne mène pas à une représentation, et personne dans un district de services locaux ne commande les leviers du développement parce que le gouvernement provincial conserve la responsabilité budgétaire. L’AFMNB en a long à dire sur la nécessité de la pleine municipalisation du territoire.

L’AFMNB n’a pas eu à répéter, comme un mantra, les motifs urgents de municipaliser le territoire. Les membres de la SANB comprennent le dossier et ils en ont fait une priorité parce que c’est toute la collectivité acadienne qui en bénéficiera quand elle sera réalisée. En ce sens, la présidente de la SANB a raison: c’est un projet de société.