La confiance des Canadiens

Deux sondages ont été publiés coup sur coup depuis dimanche à propos des intentions de vote des Canadiens au fédéral: dimanche, Radio-Canada publiait les résultats du sondage qu’avait effectué Ekos, et hier Abacus Data publiait son sondage mensuel sur la même question, entre autres.

Bien que chaque firme de sondage avance que sa méthodologie ait une marge d’erreur «19 fois sur 20» à peu près semblable (EKOS à 2,4 % et Abacus 2,8 %), les résultats diffèrent sensiblement. Il faut dire que les deux firmes n’ont pas employé la même méthode de collecte de données. EKOS a choisi une méthode dite hybride, une combinaison de la méthode traditionnelle d’entrevues par téléphone et de sondage sur Internet, alors que Abacus collige ses informations strictement par des contacts en ligne.

Selon le sondage de Radio-Canada/Ekos, au Canada les libéraux de Justin Trudeau, avec 38,5 % des intentions de vote, ont creusé un écart substantiel à leur avantage par rapport aux conservateurs de Stephen Harper, qui se retrouvent à égalité avec les néo-démocrates de Thomas Mulcair à 26 %. Selon ce sondage, les troupes du premier ministre Harper ne mènent plus que dans deux provinces, l’Alberta et la Saskatchewan. Tant en Ontario (49 %) qu’en Colombie-Britannique (36 %), les libéraux bénéficient d’une avance importante sur les conservateurs, et on sait qu’en Atlantique les conservateurs traînent dans les sondages depuis la réforme de l’assurance-emploi.

Dans son interprétation des résultats, EKOS note que c’est son troisième sondage où elle observe l’avance des libéraux. EKOS estime que si des élections fédérales s’étaient tenues entre le 10 et le 15 octobre, les libéraux formeraient le gouvernement, le NPD resterait l’opposition officielle et les conservateurs seraient relégués au statut de troisième partie, échangeant ce statut avec les libéraux.

Selon le sondage d’Abacus, les libéraux (32 %) mènent toujours, mais sont pratiquement égaux avec les conservateurs (30 %). Les libéraux de Justin Trudeau auraient subi une perte de six points dans les intentions de vote en un mois. Les néo-démocrates (28 %), selon Abacus, ont gagné deux points dans le dernier mois. En considérant la marge d’erreur des sondages d’Abacus, les trois principaux partis sont à égalité. Et contrairement au sondage EKOS, Abacus donne une avance marginale des libéraux en Ontario et une avance des conservateurs en Colombie-Britannique. Cette égalité virtuelle dans les intentions de vote fait dire à l’analyste Bruce Anderson que l’élection de 2015 sera serrée et que nous pourrions assister à l’une des élections les plus passionnantes des dernières années, une élection où n’importe lequel des trois principaux partis pourrait l’emporter.

Les deux sondages se rejoignent quand il s’agit du mérite du gouvernement Harper. Dans le sondage Abacus, les Canadiens qui pensent qu’il ne mérite pas (38 %) d’être réélu sont plus nombreux que ceux qui voudraient le voir rester (20 %) au pouvoir. Dans le sondage de EKOS, c’est Thomas Mulcair qui est le chef qui recueille le taux d’approbation le plus élevé (58 %) comme chef, suivi de Justin Trudeau à 46 % et Stephen Harper à 30 %. Alors que des électeurs canadiens ne veulent pas se prononcer ou sont indécis dans 20 % des cas sur la performance de Mulcair comme chef et 17 % pour Trudeau, seulement 7 % des répondants ont dit ne pas avoir d’opinion sur Harper. Les opinions sont plus tranchées à l’endroit du premier ministre et, surtout, plus négatives (63 % sont insatisfaits de son travail comme premier ministre du Canada).

Un peu comme ce fut le cas au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, le parti au pouvoir à Ottawa souffre du syndrome du gouvernement usé. Voilà bien un an que les intentions de vote des Canadiens délaissent le premier ministre Harper. La majorité (65 %) des Canadiens sont persuadés que la situation économique du Canada est saine, et contrairement à ce que semble croire M. Harper, les Canadiens ont confiance qu’elle se maintiendrait même avec un nouveau premier ministre.