Les gestes qui rassurent

Les moments tragiques vécus mercredi sur la Colline parlementaire ont eu un impact positif, bien que probablement éphémère, à la Chambre des communes. Les échanges acariâtres entre les partis d’opposition et le gouvernement ont fait place aux accolades et à l’expression de la solidarité des parlementaires canadiens, de la résilience de la démocratie au Canada.

L’irruption d’un homme armé au Parlement et la fusillade qui s’ensuivit ont semé l’effroi parmi tous ceux qui étaient dans l’édifice lors de ces minutes dramatiques. Mercredi, les parlementaires ont vite réalisé qu’ils avaient évité de justesse une situation qui aurait pu tourner en véritable massacre si l’homme armé avait pénétré dans l’une ou l’autre des salles de caucus.

De retour en Chambre jeudi, la perspective des chefs des partis se différenciait. M. Harper a choisi de rester sur la trame de fond du terrorisme en rappelant les événements de la veille. Les chefs des partis d’opposition ont plutôt parlé des actes criminels perpétrés par le tueur abattu par la police fédérale et les services de sécurité du Parlement. Pour les raisons évoquées hier, nous croyons que la perspective des partis d’opposition est plus juste sur les événements de mercredi que celle véhiculée par le gouvernement.

Il est évident que l’incursion de Michael Sehaf-Bibeau au Parlement a mis en lumière des lacunes sur le plan de l’accès à l’institution. Jeudi, des mesures correctives avaient déjà été apportées. Si ces mesures avaient été en place mercredi, Bibeau n’aurait pu pénétrer dans l’enceinte du Parlement sans avoir été intercepté.

Cela dit, nous n’endossons pas les propos de ceux qui qualifient les événements de mercredi comme un échec des services de sécurité au Parlement. On a vu la rapidité et l’efficacité avec lesquelles tout le personnel affecté à la sécurité des élus et des employés a réglé la situation. Si les gens sont restés si longtemps confinés dans les salles où les avaient escortés les services de sécurité, c’est qu’on voulait s’assurer qu’un autre homme armé ne se cachait pas dans l’édifice, un espace très vaste à sécuriser.

À écouter les chefs des partis politiques en Chambre hier force était de constater que la frousse qu’ont ressentie les parlementaires, et dont parle Bernard Valcourt dans nos pages d’hier, a en quelque sorte mis en perspective les petits jeux partisans auxquels on assiste habituellement à la Chambre. Nos parlementaires fédéraux ont pris de la maturité très rapidement après avoir vécu un drame ensemble.

Le respect mutuel dont ont fait preuve nos parlementaires durant les débats de jeudi à la Chambre donnait un ton nouveau dans leurs échanges, un ton que les Canadiens souhaiteraient entendre dorénavant au Parlement. Les jeux de mots assassins, les accusations théâtrales, les déclarations de demi-vérités quand ce n’est pas carrément de fausses informations ne devraient pas avoir leur place au Parlement. Mais, hélas, notre institution démocratique n’est pas toujours revêtue de ses attributs les plus nobles. Profitons de cet élan de solidarité et de maturité, toutefois, pour écouter nos parlementaires s’exprimer avec le ton approprié à leur fonction, le temps que ça dure.

Cette maturité des discours imposée par les événements de mercredi a en quelque sorte apaisé l’humeur des Canadiens. Le retour rapide aux travaux du Parlement a rassuré les Canadiens, de même que les comportements des chefs des partis.

Venons-en au sergent d’armes Kevin Vickers. Alors que le pays l’acclame comme un héros, le principal intéressé réplique que ce fut un travail d’équipe. C’est vrai. Toutefois, on ne peut nier que toute son expérience dans la police fédérale l’a préparé à affronter un événement comme celui qu’il a maîtrisé mercredi. Kevin Vickers et son personnel étaient bien préparés, et il n’y a pas de doute que leur réaction rapide et décisive a sauvé des vies: le fou armé n’a pas eu le temps de trouver du monde à abattre. La plupart des parlementaires sont rassurés par l’efficacité du personnel de sécurité du Parlement du Canada. Les Canadiens aussi.