Gouverner après les promesses

Le gouvernement Gallant est en période de rodage. À en juger par le dossier délicat de l’exploitation du gaz de schiste, il lui reste, entre autres, à coordonner les communications publiques des membres du Cabinet.

En début de semaine, le premier ministre, Brian Gallant, a dû faire le tour des médias de la province pour rectifier la position de son gouvernement sur l’exploitation du gaz de schiste. La précision a été rendue nécessaire après la parution dans le Telegraph Journal d’une entrevue avec le ministre de l’Énergie et des Mines, Donald Arseneault.

À partir de l’entrevue accordée par M. Arseneault, on a rapporté la possibilité que le gouvernement Gallant impose un «moratoire régional» plutôt que celui que les gens ont entendu en campagne électorale, c’est-à-dire un moratoire qui s’applique uniformément partout au Nouveau-Brunswick. Le premier ministre Gallant a répété ce qu’il avait déclaré durant la campagne: il y a un moratoire sur toute activité de fracturation hydraulique tant que le gouvernement n’aura pas toutes les informations sur les effets de cette pratique et des possibilités qu’offrent les nouveaux procédés développés au cours des dernières années.

À la décharge du ministre de l’Énergie et des Mines, rappelons que le journal de Saint-Jean presse le gouvernement sur les dossiers énergétiques. Le gouvernement Gallant a déjà donné son appui au projet d’oléoduc Énergie Est, ne faisant que confirmer la position déjà prise durant ses jours à l’opposition. Mais les journaux Irving ont toujours remis en question la validité d’un moratoire, insistant sur les possibilités de croissance économique qui accompagneraient le développement du gaz de schiste. Il n’y a pas de doute qu’en entrevue avec le journal, M. Arseneault a été sondé pour mesurer son ouverture d’esprit au développement de l’industrie du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick.

Ajoutant à la pression sur le gouvernement Gallant, l’ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna, est revenu à la charge pour déclarer que la province ne peut pas tourner le dos aux avantages que représente le développement de cette industrie, tant en termes d’emplois que de retombées financières issues des redevances.

L’exploitation de puits de gaz de schiste par Corridor Resources pour alimenter l’usine de potasse de la région de Sussex a commencé il y a déjà 11 ans, le 23 avril 2003. PotashCorp New Brunswick, installée au Nouveau-Brunswick depuis plus de 30 ans maintenant, emploie depuis l’an dernier 537 personnes. La société minière de la Saskatchewan affirme avoir investi 886 millions $, précisant qu’elle s’est approvisionnée en achats locaux en 2013 pour 60 millions $. Le gouvernement Gallant oserait-il forcer Corridor Resources à cesser ses activités dans le champ gazier de McCully et forcer PotashCorp à se trouver ailleurs une source d’approvisionnement en énergie? On peut se permettre d’en douter.

Déjà, le gouvernement du Nouveau-Brunswick fait face à une poursuite judiciaire intentée par la société Enbridge après que le gouvernement Alward l’a forcée à abaisser ses prix aux consommateurs domestiques, malgré l’existence d’une entente signée par le gouvernement Lord et maintenue telle quelle par le gouvernement Graham. Des centaines de millions de dollars sont en jeu dans cette poursuite, sans compter les frais juridiques importants que toute cette affaire comporte. Fermer les puits du champ McCully aboutirait sans doute à une poursuite tant par Corridor Resources que par PotashCorp. Quand on a comme plan de créer 2500 emplois dès la première année d’un mandat, on ne peut commencer par en compromettre cinq ou six cents.

Il ne faut pas se faire d’illusions. Le gouvernement Gallant est sous une énorme pression en ce qui a trait au moratoire sur le gaz de schiste. Les opposants à cette industrie sont aux aguets et ils n’accepteront pas que le moratoire soit levé, peu importe les arguments. De l’autre côté, les entreprises du Nouveau-Brunswick déjà engagées dans des préparatifs pour approvisionner l’industrie du gaz de schiste, dont celles du groupe Irving, continueront de presser le gouvernement pour que le secteur se développe. Ne sous-estimons pas l’importance des pressions sur le gouvernement. Reste à voir comment le gouvernement Gallant les gérera sans compromettre la confiance des électeurs à son endroit.