Les retombées d’une tragédie

Il y a quelques semaines, le 22 octobre, nous vous brossions un tableau des intentions de vote des Canadiens, tableau qui illustrait le mécontentement des Canadiens à l’endroit de leur premier ministre et du gouvernement Harper. Ce matin-là, le 22 octobre, le tueur d’Ottawa a fait son ravage avant d’être abattu sur la Colline parlementaire.

Les tragiques événements d’Ottawa ont changé le portrait politique dans certaines régions du pays, alors que dans d’autres régions, les déclarations des politiciens n’ont eu aucun effet sur les intentions de vote des Canadiens.

Vendredi, la firme Ekos dévoilait un autre sondage d’opinion, effectué une semaine après les événements d’Ottawa.

Vous vous rappelez sans doute les déclarations des chefs des partis politiques fédéraux. Tous déploraient, évidemment, les événements qui ont mené à la mort de Nathan Cirillo, maintes fois cité comme un nouveau héros national. Le lendemain, tous les parlementaires, avec raison, ont rendu un vibrant hommage au sergent d’armes du Parlement, Kevin Vickers. 

L’interprétation de ces événements varie cependant d’un chef à l’autre.

Le premier ministre Harper, le soir du 22 octobre, a choisi un vocabulaire de temps de guerre: «Chers compatriotes, au cours des prochains jours, nous en apprendrons davantage sur le terroriste et ses possibles complices. Mais les événements de cette semaine nous rappellent tristement que le Canada n’est pas à l’abri des types d’attaques que nous avons vues ailleurs dans le monde. Cela nous rappelle que ces attaques sur notre personnel de sécurité et nos institutions de gouvernance sont, de par leur nature même, des attaques sur notre pays lui-même.»

Ne vous faites pas d’illusions, Stephen Harper a employé délibérément le terme «compatriotes» plutôt que «concitoyens». Il n’a pas hésité non plus à qualifier le meurtrier de «terroriste», en laissant planer la possibilité que des complices vaquaient possiblement en toute liberté… Laisser l’impression que nous étions menacés par un acte de terreur, mais qu’il maîtrisait bien la situation: «Mais il ne peut y avoir de doute, nous ne serons pas intimidés. Le Canada ne sera jamais intimidé… ils ne trouveront refuge nulle part.»

Force est de constater que ce ton a plu à plusieurs Canadiens à l’ouest de l’Ontario.

Dans le sondage publié le 19 octobre, en Colombie-Britannique les conservateurs de Harper recueillaient 20 % des intentions de vote, derrière les libéraux (36 %) et les néo-démocrates (30 %). Dix jours plus tard, les conservateurs (30 %) sont remontés en tête des intentions de vote des gens du Pacifique, devant les libéraux (27 %) et les troupes de Mulcair (24 %). En Alberta et en Saskatchewan, Harper a augmenté son avance, et il a repris l’initiative au Manitoba (partant de 12 % pour être maintenant à 47 %), une province où les conservateurs étaient troisièmes le 19 octobre, derrière les libéraux et le Nouveau Parti démocratique.

Par contre, l’Ontario, le Québec et les Provinces de l’Atlantique n’ont pratiquement pas changé d’intention: les libéraux continuent de mener dans ces provinces, même après l’annonce des bonbons que Stephen Harper va distribuer aux familles en 2015.

Profitant du surplus budgétaire qui est prévu, en plus du fractionnement des revenus familiaux aux fins des déductions d’impôt, l’allocation fédérale aux familles comptant de jeunes enfants a été augmentée de 60 %. Les chèques seront expédiés aux familles en juillet, quelques semaines avant de déclencher la campagne électorale.

Il est parfaitement clair que le premier ministre Harper a été le chef de parti fédéral à qui les événements du 22 octobre ont le plus profité. Étant donné les circonstances, il est difficile de mesurer quelle influence sur les intentions de vote a eu l’annonce des mesures fiscales pour les familles canadiennes. Les prochains sondages nous apprendront si cette hausse de popularité est temporaire et issue d’une montée patriotique émotive, ou si les Canadiens ont découvert une nouvelle facette de la personnalité du premier ministre Harper, une facette qui leur plaît.