Le moment décisif

Ce soir, les membres des quinze caisses populaires se réunissent en assemblée générale extraordinaire pour se prononcer sur le projet de regroupement de leurs caisses en une seule entité, assujettie aux lois fédérales plutôt qu’aux lois provinciales.

Le projet est sur la place publique depuis plusieurs mois, il a été débattu dans les chaumières acadiennes de la province, en direct à la télévision, aux assemblées annuelles des caisses populaires membres de la Fédération des caisses populaires acadiennes et à des assemblées d’information convoquées spécifiquement pour présenter le projet de regroupement et l’expliquer. Normalement, les membres appelés à se prononcer ce soir sur le projet ont reçu toute l’information possible et pertinente. Ils sont donc en mesure de prendre une décision éclairée.

Quand on consulte l’information disponible sur le projet de regroupement, on se rend bien compte que le projet a été préparé de longue date, que la démarche a été rigoureuse et que les données sur l’impact du changement de structure favorisent le changement proposé. De quelles données parlons-nous?

De celles qui prévoient que le regroupement des caisses et le changement de régime réglementaire permettront d’ici 2017 un retour net aux membres de 23 millions $. Des taux d’intérêt plus bas (7 millions $), des frais aux usagers abaissés (2 millions $) et des ristournes plus élevées (15 millions $) tout en maintenant les commandites au même niveau (2 millions $), tels sont les éléments du calcul des bénéfices aux membres que représente le projet de regroupement.

Le scénario selon lequel la Fédération arrive à ces chiffres a été validé par une firme comptable indépendante. Celle-ci avait d’ailleurs élaboré divers scénarios qui donnaient, selon les actions prises et les facteurs externes qui peuvent influencer les revenus, des bénéfices entre 15 et 40 millions $. C’est pourquoi à la Fédération, on a confiance de réaliser les bénéfices prévus du scénario retenu.

Il y a cependant une autre perspective de laquelle certains des membres des caisses évaluent le projet de regroupement. La caisse unique restera-t-elle vraiment une coopérative d’épargne et de crédit? La caisse reste-t-elle l’institution financière la plus proche, la plus familière pour les habitants des communautés acadiennes?

La structure de l’institution change dramatiquement c’est certain. Il n’y aura plus 15 caisses, mais une seule. Les membres ne votent pas pour un conseil d’administration local, mais pour élire des représentants au conseil d’administration de la nouvelle institution. Mais l’institution reste la propriété collective de ses membres. Elle évoluera, si les membres l’approuvent ce soir, dans un cadre réglementaire différent, dans une structure différente, mais les membres en restent les propriétaires.

Quant à la proximité de l’institution, il est vrai que la nouvelle institution est moins proche de ses membres que ne l’étaient les caisses du réseau à une époque. Il est vrai que moins de membres occuperont un poste d’administrateur sur un conseil d’administration. Mais la notion de proximité avait déjà été sacrifiée, jusqu’à un certain point, quand on a réduit le nombre de caisses et le nombre de points de services. Les coopératives comme les entreprises privées ont le défi de la viabilité, de la prospérité et surtout de la pérennité, de la présence durable de l’institution ou du commerce. C’est le choix qu’ont à faire les membres: maintenir la structure actuelle en acceptant de payer beaucoup plus cher ou évoluer dans une nouvelle structure où les membres auront accès à des produits financiers aussi avantageux que ceux des banques, tout en restant propriétaires de l’institution financière.

Les actifs de la Fédération des caisses populaires se chiffrent à un peu plus de trois milliards de dollars. Dans la nouvelle structure, ces actifs restent la propriété collective des Acadiens du Nouveau-Brunswick, une nouvelle structure plus légère, plus susceptible de progresser que de régresser.