Surplus budgétaire et déficit social

Ce qui était connu depuis déjà quelques années se réalise: le gouvernement du Canada arrive à un surplus budgétaire, à temps pour l’année électorale que sera 2015. Devrions-nous être impressionnés et applaudir à tout rompre? Tout dépend de ce que nous désirons comme société canadienne, de nos attentes à l’endroit du gouvernement et du rôle qu’il devrait jouer.

La perspective des Canadiens sur le rôle du gouvernement fédéral est aussi variée que le style de vie qui prévaut d’un océan à l’autre. Nos attentes ne sont pas les mêmes si nous sommes financièrement à l’aise ou si nous tirons le diable par la queue. Elles sont différentes si nous vivons en Atlantique dans une région où l’économie est saisonnière et dépendante des ressources naturelles ou si nous sommes à Montréal, à Toronto ou à Calgary. Notre appréciation est différente selon que l’on vise à payer le moins d’impôt possible ou que nous préférons un gouvernement central prospère qui aide les régions qui en arrachent, qui aide la société citoyenne à atteindre ses objectifs de développement social et culturel. Elle est aussi différente selon que nous exploitons une entreprise ou que l’on œuvre dans le domaine social et culturel.

Chose certaine, on ne peut reprocher au gouvernement Harper d’avoir caché ses intentions. Les valeurs qu’il défend, l’idéologie qu’il veut implanter au Canada ont été les mêmes depuis son accession à un gouvernement majoritaire. Minoritaire, le gouvernement Harper a dû survivre à force de compromis, et en appliquant quelques petites entorses à notre tradition parlementaire. Les initiatives fiscales annoncées le mois dernier sont de la même mouture que les premières initiatives du gouvernement Harper: une remise d’argent directement aux parents pour payer des dépenses d’éducation comme les garderies et les maternelles privées. La baisse de 2 % de la taxe de vente harmonisée s’inspire de la même idéologie selon laquelle il vaut mieux pour le citoyen que le gouvernement ait une intervention minimale dans la vie du citoyen.

Lorsque les jeunes parents courtisés par le gouvernement Harper encaisseront leur chèque en juillet prochain, se rappelleront-ils que, pour arriver à poster ce chèque, on a coupé près de 20 000 postes à la fonction publique fédérale, notamment, mais pas uniquement au ministère des Anciens combattants, à l’environnement, aux sciences de divers ministères, à Parcs Canada, à Services Canada? Se rappelleront-ils que les règles de l’assurance-emploi ont été modifiées pour dégager des surplus budgétaires plus importants, même si cela nuit au secteur privé des régions dépendantes des activités saisonnières? Se rappelleront-ils que des centaines, sinon des milliers de Canadiens oeuvrant dans le développement social et culturel ont perdu leur emploi après que le gouvernement fédéral a aboli les subventions desquelles dépendaient les organismes qui les employaient? Se rappelleront-ils que d’ici deux ans, une bonne partie du surplus budgétaire fédéral sera réalisé grâce à des versements moins généreux du fédéral vers les provinces, notamment en matière de santé?

Et puisque nous sommes sur un élan de questions, est-ce normal que dans une confédération fondée sur l’entraide entre régions que le gouvernement central engrangera des surplus pendant que les provinces n’arrivent déjà pas à boucler leur budget et que ce sera de plus en plus difficile d’y arriver sans l’aide du fédéral?

Ce surplus annoncé est, d’une certaine façon, un pied de nez à l’environnement, aux anciens combattants, aux parcs nationaux, au filet social canadien et aux régions qui ne peuvent compter sur le pétrole pour assurer la survie de ses citoyens.