Protéger le reflet de notre identité

Combien de fois faudra-t-il exposer les motifs, les exemples et les valeurs sociales et culturelles qui démontrent le rôle vital que joue dans notre société le diffuseur public qu’est Radio-Canada/CBC?

La télévision et la radio de Radio-Canada sont en quelque sorte le reflet de notre identité nationale, sans compter que c’est le diffuseur dont les services d’information sont absolument cruciaux à la santé de notre démocratie.

Bien que personne au gouvernement Harper n’osera déclarer qu’il faut que le diffuseur public disparaisse, la plupart des Canadiens sont conscients que le premier ministre et son cabinet ne sont pas des défenseurs crédibles de Radio-Canada/CBC. James Moore a bien tenté de donner une impression d’appui à la société d’État, mais il reste que le diffuseur public aura comprimé ses dépenses de 200 millions de dollars depuis 2012. Quand on constate que depuis 1990, le budget de CBC/Radio-Canada a fondu de plus de sept cents millions de dollars, face à de telles compressions, la programmation, tant en information qu’en divertissement, ne peut qu’avoir été grandement affectée.

Si le gouvernement Harper n’affirme pas tout haut qu’il souhaite voir le diffuseur public disparaître, à force de l’affamer en ressources financières, il finira bien par rendre méconnaissable le diffuseur public que nous connaissons et que nous souhaitons non seulement garder, mais renforcer.

Combien de jeunes auteurs et de jeunes artisans en production télévisuelle seront écartés parce que le diffuseur public n’a plus les moyens de produire du contenu canadien pour son public cible? Combien de jeunes journalistes n’accèderont pas à une salle de rédaction de Radio-Canada parce qu’elles sont, d’année en année, de moins en moins nombreuses?

Bon, la communauté acadienne a, de temps à autre, des critiques à adresser à Radio-Canada et ses services, la principale étant qu’elle est trop centrée sur Montréal et les environs, au détriment des régions du pays. Au cours des ans, il y a eu amélioration, et si la direction de Radio-Canada garde l’esprit ouvert, il continuera d’y avoir de l’amélioration pour desservir les régions francophones du pays. Il le faut.

L’affaiblissement de CBC et de Radio-Canada par le biais du budget fédéral est déplorable tant pour la communauté anglophone du pays que pour la nôtre. S’il est souhaitable que le diffuseur public ait une présence vigoureuse et intéressante dans Internet, son mandat principal est la diffusion télévisuelle et radiophonique. D’ailleurs, le discours de la direction de la CBC/Radio-Canada sur l’avenir de la société abandonne prématurément, à notre avis, le mandat qui devrait encore être sa priorité. Il faudrait que la stratégie de Radio-Canada soit claire en ce qui touche les médias traditionnels que sont la radio et la télévision, si elle veut continuer de bénéficier des appuis des régions du pays et des artisans de la production télévisuelle et radiophonique du pays.

Comme nous l’avons souvent écrit, le Canada dépense peu d’argent pour son diffuseur public, comparativement à la plupart des pays européens. Étant donné la faible densité de la population sur notre territoire national, on ne peut espérer suivre l’exemple des États-Unis où la télévision publique est maintenue à coup de campagnes de financement. Au Canada, ce ne serait pas réaliste de penser pouvoir soutenir un réseau national de télévision et de radio strictement à partir de dons du public. Il faut que l’État fédéral soit impliqué et qu’il finance de façon adéquate, et en priorité, le service public de radio et de télévision.

En tant que citoyens, il est de notre devoir d’exiger du gouvernement que nous élisons pour gérer les affaires du pays qu’il remette au diffuseur public les moyens pour redevenir un producteur important de créations canadiennes et pour maintenir la qualité du journalisme qui a été la marque de commerce de notre diffuseur public.