Pas de surprise à Saint-Jean

C’est par une marge de victoire confortable que le député conservateur de Saint-Jean Est, Glenn Savoie, retourne à l’Assemblée législative. Il avait perdu son siège par moins de dix votes aux élections générales de septembre. Les électeurs de la circonscription n’ont visiblement pas accepté de gaieté de cœur la démission étrange et précipitée du candidat libéral élu et démissionnaire, Gary Keating.

La démission de Gary Keating fait toujours l’objet de spéculations sur les motifs réels de son geste. Certains ont prétendu que c’est faute d’avoir obtenu un siège au Cabinet des ministres du gouvernement Gallant. Le principal intéressé et le parti jurent que ce n’est pas le motif de la démission. Il s’agirait d’une raison très personnelle que l’élu a choisi de ne pas dévoiler au grand public. Personne ne se rappelle d’avoir connu un candidat élu, au provincial comme au fédéral, qui a démissionné avant le jour de son assermentation. Raisons graves ou pas, les électeurs de Saint-Jean Est ne l’ont pas pardonné au Parti libéral, ils ont ramené Glen Savoie comme leur représentant législatif en lui donnant une majorité sans équivoque aux urnes. On peut le comprendre, Glen Savoie est sans doute rasséréné par le mandat fort que ses électeurs lui ont confié.

Pour le chef du Nouveau parti démocratique, Dominic Cardy, c’est la troisième défaite électorale en deux ans qu’il encaisse pour son parti, la deuxième dans la région de Saint-Jean après la complémentaire de Rothesay par laquelle Hugh John Flemming est entré en politique en 2012. Cette fois, cependant, M. Cardy n’a pas réagi sur le champ aux résultats. Il doit discuter avec ses partisans et l’exécutif de son parti pour décider de la suite de son parcours. De ses déclarations au soir des élections du 22 septembre, on en conclut que d’assumer la direction du parti, avec le peu de moyens dont il dispose, comporte un poids important pour M. Cardy et sa famille. Les contraintes imposées à celle-ci étaient d’ailleurs la principale raison de sa démission annoncée le soir des élections. Par contre, en ce qui a trait aux membres du parti et à l’équipe dirigeante du NPD, il n’existe aucun doute qu’on tient à la présence continue de M. Cardy à la barre du parti. Ceux qui veulent retenir M. Cardy comme chef du parti devraient se relever les manches et organiser une levée de fonds qui permettrait de payer leur chef pour le travail assidû qu’il fournit.

Pour Shelley Rinehart, la maire-adjointe de la ville de Saint-Jean, la mission était difficile. Se faire élire après la démission tant controversée de Gary Keating, c’était lui demander sans doute un peu trop. Les électeurs de Saint-Jean Est ne dérageaient pas d’être forcés à retourner aux urnes. Ce n’est pas un jugement sur ses compétences personnelles et professionnelles qu’ont posé les électeurs de Saint-Jean Est, c’est un jugement sur la démission de Gary Keating.

Il est évidemment beaucoup trop tôt dans le mandat du gouvernement Gallant pour interpréter le résultat de l’élection de lundi comme une évaluation de celui-ci de la part de l’électorat.

Deux éléments cependant viennent fragiliser la crédibilité du gouvernement Gallant très tôt dans son mandat: la démission de son député de Saint-Jean Est, avec le résultat que l’on connaît, et la bévue d’un président de circonscription qui officialise le patronage par un courriel, au grand dam, il faut le croire, des bonzes du parti.

Si tôt dans le mandat du gouvernement Gallant, ces impairs sont sans conséquences. Les dossiers de l’énergie et de la création d’emplois sont les dossiers prioritaires au bureau du premier ministre. C’est l’avancement ou le piétinement dans ces dossiers qui, eux, auront un impact positif ou négatif sur l’opinion de l’électorat à l’endroit de son nouveau gouvernement.