Encadrer le développement

Le mot Edelman vous dit-il quelque chose? Il devrait. C’est la firme de relations publiques embauchée par TransCanada Pipelines (TCP) pour promouvoir le projet d’oléoduc Énergie Est. Sur son site web, la société de relations publiques se targue d’être la plus grande firme du genre au monde, affichant en 2013 un chiffre d’affaires de 707 millions $. Elle affirme avoir plus de 5000 employés qui travaillent dans 65 villes aux quatre coins du monde. Au Canada, la firme est installée à Montréal, à Toronto, à Calgary et à Vancouver.

Comme l’oléoduc doit se rendre à Saint-Jean, c’est certain que la firme de relations publiques travaillera au Nouveau-Brunswick pour s’assurer de l’appui des gens de la province. Le projet a déjà l’appui presque inconditionnel du gouvernement de Fredericton, il lui reste à s’assurer que l’opinion publique sera tout aussi favorable que celle des dirigeants politiques et économiques de la province.

On ne sait trop comment ni pourquoi, mais le plan de communication préparé cet été pour TCP s’est retrouvé entre les mains d’un employé de Greenpeace. Greenpeace Canada a d’ailleurs mis les documents en ligne sur son site web, si vous avez le goût de les consulter. Étant donné l’opposition au projet déjà exprimée au Québec dans divers milieux, la firme Edelman a préparé un plan de communication spécifiquement pour le Québec, en plus d’avoir élaboré les principaux axes de communication et de stratégies pour aller chercher des appuis dans les communautés de toutes les provinces touchées par le parcours de l’oléoduc.

Au Québec, Edelman a ciblé pour TCP des personnalités très connues susceptibles de faire accepter le projet aux Québécois. La liste comprend l’ex-premier ministre canadien, Brian Mulroney, deux ex-premiers ministres du Québec en Lucien Bouchard et Pierre-Marc Johnson, de nombreux chefs d’entreprise bien en vue, y compris la Caisse de dépôt et placement du Québec. Le document, écrit en mai, suggérait que ces personnalités pourraient être invitées par TCP à une loge corporative au Grand Prix de Montréal.

La firme de relations publiques suggère un plan de communication pour répliquer aux groupes environnementaux lorsque ceux-ci s’opposeront publiquement au pipeline. Connaître les stratégies de ces groupes et leurs tactiques d’opposition servira à les contrer face à l’opinion publique. On peut donc conclure qu’au Nouveau-Brunswick, le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick est sur la liste de TCP et d’Edelman. Et, on connaît déjà la position de l’ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna.

Parallèlement, un sondage de Léger Marketing sur les intentions de vote au Québec a aussi soulevé la question du transport des hydrocarbures. Entre le transport du pétrole par oléoduc, par train ou par bateau, les Québécois favorisent largement les oléoducs (47 %) par rapport aux bateaux (15 %) ou aux trains (11 %).

On a également appris cette semaine que le gouvernement du Québec impose au projet sept conditions que TCP doit remplir. Entre autres, une étude d’impact environnemental devra démontrer que le projet ne fera pas augmenter la production de gaz à effet de serre et, une perspective bien politique, que le projet est «socialement acceptable» par les Québécois.

On connaît, bien sûr, l’importance que le projet représente pour la Ville de Saint-Jean et le groupe Irving, qui exploite une raffinerie et qui contemple utiliser le port de Saint-Jean pour exporter du pétrole canadien à l’étranger. Brian Gallant, tant comme chef de l’opposition que depuis qu’il dirige le gouvernement du Nouveau-Brunswick, s’est rangé derrière le projet. C’est compréhensible vu les retombées pour cette région. Il ne faudrait cependant pas commettre la même erreur que le gouvernement Alward dans le dossier du gaz de schiste: oublier sa responsabilité de législateur à protéger la population en adoptant un rôle de promoteur énergique du projet. Par exemple, les préoccupations manifestées dans le Madawaska par rapport au parcours de l’oléoduc et les sources d’eau potable devraient garder l’attention du premier ministre et se maintenir dans ses considérations, comme il incombe à sa fonction.