Ça doit cesser

Le congédiement du PDG du Réseau de santé Vitalité, Rino Volpé, était prévisible. Pourtant, toute la controverse qui a entouré la décision, l’effort qui a été fait pour trouver des raisons officielles afin de justifier son départ et le choix du ministre Victor Boudreau de se terrer en attendant que la tempête passe montrent bien que cette manière de gérer ne passe plus.

Le Réseau de santé Vitalité tient les cordons de la bourse des hôpitaux francophones. Son pouvoir est immense. 

Michael Murphy a nommé Aldéa Landry présidente du réseau en 2008. La réputation de celle-ci n’est plus à faire depuis longtemps. Avocate et entrepreneure accomplie, considérée comme l’une des femmes les plus puissantes au pays, Mme Landry n’a pas eu à convaincre personne de ses qualités. 

Elle est toutefois aussi une ancienne vice-première ministre libérale, ce qui fait que malgré ses compétences, sa nomination a été considérée comme politique. Aussi, à son arrivé au pouvoir, le gouvernement Alward a fait comme tous les autres qui l’a précédé: il a congédié ou poussé à la démission les personnalités libérales nommées à des postes de confiance.

Ce qui nous amène à M. Volpé.

Rino Volpé est le frère de Jeannot Volpé (ancien chef par intérim du Parti progressiste-conservateur). Il a d’abord été nommé président du Réseau de santé Vitalité, puis coprésident du Secrétariat du renouveau du système de santé, avant de devenir ensuite directeur général de Vitalité.

Pour plusieurs, c’est suffisant pour le cataloguer dans la liste des nominations partisanes.

Un coup d’oeil sur son curriculum vitae nous démontre toutefois que cette analyse ne tient pas la route. Rino Volpé n’a jamais été candidat conservateur et n’est pas un organisateur politique ou un ancien chef de cabinet. Il a connu une belle carrière dans le secteur privé (chez Nadeau Ferme Avicole, et pendant une douzaine d’années à titre de vice-président de J.D. Irving).

Cela n’a pas empêché le ministre libéral Victor Boudreau de lui montrer la porte la semaine dernière. Le congédiement ne pouvant être justifié au nom de la politique partisane, le ministre a pris la peine de soutenir dans une lettre qu’au cours de la dernière année, M. Volpé et le réseau de santé qu’il dirigeait ont refusé de travailler en collaboration avec le gouvernement, les associations et les groupes de professionnels.»

Un mot à ce sujet. Hugh John Flemming, qui a embauché Rino Volpé, le décrit comme un homme qui, pendant ses années dans le secteur privé, «a travaillé avec des entreprises pour les améliorer». En termes plus clairs, il s’est forgé une réputation de «Monsieur Austérité», une personne à qui on fait appel pour faire le ménage.

C’est exactement le mandat qu’on lui a donné à la santé. Et il a livré la marchandise. En deux ans, le réseau qu’il dirigeait est passé d’un déficit de 10 millions $ à un surplus du même montant. 

Il a aussi travaillé sans relâche afin d’améliorer le rendement de l’organisation qu’il dirigeait, au point où l’Acadie Nouvelle l’a nommé comme étant la personnalité acadienne ou francophone la plus influente au Nouveau-Brunswick en 2013.

En accomplissant sa mission, il a écrasé quelques orteils. Il a mis à pied des centaines d’employés. Il a aussi mis fin à la pratique qui permettait aux employés des hôpitaux d’utiliser les congés de maladie non utilisés pendant leur carrière pour prendre une «année de maladie» juste avant la retraite. Gageons qu’au sein du syndicat, ils ne sont pas nombreux à pleurer le départ du patron.

M. Volpé avoue aussi avoir eu des discussions musclées avec les responsables du Réseau de santé (anglophone) Horizon et avec Facilicorp (qui gère certains services non médicaux). Mais est-ce une raison suffisante pour lui montrer la sortie? Non. Il s’agit bel et bien d’un congédiement politique.

Le problème ne se résume pas au cas de M. Volpé. C’est le système qui est vicié, un système où un gouvernement embauche des gens sur une base parfois partisane, et parfois pas, jusqu’à ce qu’ils soient congédiés et remplacés pour des raisons politiques par une nouvelle administration.

Ça doit cesser.

Le Nouveau-Brunswick dépense plus de 1 milliard $ dans notre système de santé chaque année. Est-ce trop demander de prendre des décisions basées sur le mérite, et non sur les préférences politiques du ministre du jour? Brian Gallant a promis, on ne le répétera jamais assez, de faire de la politique autrement. Malheureusement, il semble que cette promesse n’engageait que lui-même, et non les membres de son gouvernement.