Les milliards de Mactaquac

Décidément, le premier mandat du premier ministre Brian Gallant ne s’annonce pas de tout repos. Après avoir déjà annoncé sa volonté de négocier un compromis sur la question de la nouvelle carte électorale et son intention de modifier les règles relativement aux avortements, voilà qu’on nous apprend qu’il devra bientôt statuer sur l’avenir de la plus importante centrale hydroélectrique de la province. Et ce, alors que des décisions difficiles devront être prises rapidement afin de ramener la province sur la voie de la prospérité et de l’équilibre budgétaire.

Techniquement, ce ne sont pas M. Gallant et son conseil des ministres qui décideront de l’avenir de la centrale et du barrage de Mactaquac. Cette difficile mission revient à Énergie NB. Mais dans les faits, il est évident que le premier ministre ne laissera pas sa société de la Couronne s’endetter de 3 à 5 milliards $ sans avoir son mot à dire.

Trois à cinq milliards de dollars. Vous avez bien lu. Il s’agit de la facture qui attend Énergie NB, et donc sa clientèle (nous tous), tout dépendant de l’option qui sera retenue. En plus, pour compliquer les choses, la société énergétique devra se brancher d’ici la fin de l’année 2016 afin d’avoir le temps de réaliser le scénario choisi. En effet, la dégradation prématurée du béton qui compose la centrale a pour conséquence que d’ici 2030, elle ne pourra plus produire d’électricité.

Une situation inquiétante, quand on sait qu’Énergie NB traîne déjà le boulet d’une lourde dette d’environ 5 milliards $, et que Mactaquac génère 12 % de la production annuelle d’électricité de la société (20 % en période de pointe).

Le Nouveau-Brunswick n’aura sans doute pas le choix d’aller de l’avant avec la réfection de la centrale. Il est difficile à vue d’oeil d’imaginer que nous pourrions nous passer d’une telle source d’énergie renouvelable, verte et peu coûteuse.

Néanmoins, nous recommandons la plus grande prudence avant d’investir des milliards dans le projet. Il est essentiel d’étudier toutes les autres options. Le Nouveau-Brunswick a fait des erreurs graves au cours des dernières années au nom de l’indépendance énergétique, et il est essentiel d’en retenir les leçons.

En 2005, le gouvernement de Bernard Lord a donné son feu vert à la réfection de la centrale nucléaire de Pointe Lepreau. Il a promis que les travaux coûteraient 1,4 milliard $. Ils ont coûté un milliard de dollars de plus, une facture que la province a dû assumer seule, sans l’aide du gouvernement fédéral ou d’Énergie atomique du Canada limitée, en raison d’un contrat mal ficelé. C’est sans oublier à la même époque tout le fiasco qui a entouré la remise à neuf de la centrale énergétique de Coleson Cove, au coût de 650 millions $. Elle devait fonctionner à l’orimulsion. C’était sans compter des problèmes avec l’unique fournisseur (le Venezuela).

Aujourd’hui, Coleson Cove est très rarement utilisée, sauf quand la demande est trop élevée. Un beau gaspillage de fonds publics.

Enfin, faut-il vraiment revenir sur l’échec de la vente de l’actif d’Énergie NB? Sans vouloir réécrire l’histoire, il est permis de croire que la question de l’avenir de Mactaquac serait moins urgente si l’entente avec Hydro-Québec avait été conclue et que nous avions accès aux énormes surplus énergétiques de notre voisin.

Plus important encore, il faudra nous donner l’heure juste. Pas question de nous dorer la pilule en sous-estimant les coûts et les risques pour mieux nous la faire avaler, comme l’avait maladroitement fait le gouvernement Lord avec le dossier nucléaire, il y a presque une décennie. Quel sera le coût réel des travaux? Quels sont les risques de dépassement de coûts et d’échéanciers? Sans oublier, bien sûr, le coeur du problème: quelles répercussions tout cela aura-t-il sur nos factures d’électricité? Énergie NB a beau vouloir se faire rassurante et dire que le coût de la réfection sera amorti sur plusieurs décennies, nous peinons à croire que l’ajout d’une dette de 5 milliards $ n’aura pas (ou peu) d’impact sur les tarifs.

C’est uniquement de cette façon que nous pourrons prendre une décision éclairée. Si nous sommes pour endetter les générations futures de Néo-Brunswickois, soyons certains de le faire en toute connaissance de cause, et avec la certitude qu’il n’existe pas de meilleure solution de rechange, que ce soit au Nouveau-Brunswick ou auprès d’autres fournisseurs d’autres provinces.

Pour le moment, nous restons à être convaincus.