Entre imagination et lieux communs

Dans un discours du Trône, il est parfois difficile de décoder toutes les intentions d’un gouvernement, tant en lisant ce que dit le discours que ce qu’il omet. Le discours présenté à l’Assemblée législative mercredi ne déroge pas de la tradition à cet égard. Si, comme c’est souvent le cas dans ce genre de cérémonies, on retrouve dans le discours du Trône du nouveau gouvernement des lieux communs, on y retrace aussi des initiatives qui font appel à l’imagination, qui innovent.

L’omission la plus remarquée et la plus citée a rapidement suscité des interrogations sur les intentions véritables du gouvernement: le moratoire sur le gaz de schiste. Pour dissiper les doutes créés par l’omission du discours du Trône, le premier ministre Brian Gallant a réaffirmé à la presse, en dehors de l’Assemblée législative, la volonté de son gouvernement de mettre en œuvre le moratoire sur la fracturation hydraulique, notant que les appréhensions exprimées sur les exploitations existantes n’allaient pas modifier l’engagement du gouvernement à freiner l’exploration pour le gaz de schiste.

Les principaux motifs du moratoire visent à approfondir les connaissances sur toutes les conséquences de la fracturation, y compris l’évaluation des progrès technologiques de cette industrie gazière quant au renforcement de mesures de sécurité, mais aussi à mesurer sérieusement les répercussions environnementales, notamment sur l’utilisation des volumes d’eau très imposants que la technologie demande toujours. Le chef de l’opposition par intérim, Bruce Fitch, a poursuivi la ligne de pensée du gouvernement précédent sur le sujet, accusant le gouvernement de priver le Nouveau-Brunswick des retombées que pourrait en tirer la province. Notons que ces retombées demeurent des hypothèses, et que très peu d’attention avait été accordée par le gouvernement précédent aux études sur les effets potentiellement négatifs de la fracturation hydraulique.

Il est évidemment encore trop tôt pour évaluer les résultats que produira le Conseil de l’emploi du Nouveau-Brunswick. Présidé par le premier ministre lui-même, ce Conseil évaluera la performance du gouvernement en matière de création d’emplois. La création de ce Conseil remettra donc à l’avant-plan sur une base régulière l’attention accordée à cette priorité du gouvernement qu’est la création d’emplois. C’est un pari qui rapportera des éloges au gouvernement Gallant si la stratégie obtient les résultats qu’il envisage de pouvoir atteindre. Dans le cas d’une stagnation de l’emploi, l’initiative, qui innove pourtant en matière d’efforts gouvernementaux pour la création d’emplois, ira rejoindre la voie de l’autosuffisance dans le cynisme populaire à l’endroit de la politique. Rappelons qu’en matière de création d’emplois, l’agenda du gouvernement Gallant est ambitieux: créer 5000 emplois durant son premier mandat, dont 2500 dès la première année. Un tel objectif atteint serait un renversement important, puisque le Nouveau-Brunswick a perdu 3000 emplois au cours des dernières années.

Dans les lieux communs, le discours du Trône surestime l’effet qu’aura une augmentation de trente cents de l’heure du salaire minimum. Dix dollars par semaine de plus dans les poches des travailleurs les moins bien payés seront toujours les bienvenus, mais affirmer que cette augmentation «stimulera de façon générale notre économie», c’est en exagérer la portée.

Quant à la volonté du gouvernement d’investir dans un programme majeur d’infrastructures, nous avons souvent critiqué tant le gouvernement fédéral en 2008, avant que les partis d’opposition ne le forcent à changer d’avis, que le gouvernement Alward, de ne pas investir suffisamment dans nos infrastructures. Dans les circonstances économiques actuelles au Nouveau-Brunswick, nous partageons la vision du gouvernement Gallant sur les effets économiques positifs qu’aura cette initiative d’investissement. L’initiative est controversée, certains vont même à la qualifier de fiscalement irresponsable. Un tel jugement, toutefois, tient davantage de l’univers de l’idéologie politique et économique que des faits, et davantage du choix d’une priorité idéologique que d’une règle immuable d’administration publique.

Il nous semble qu’un gouvernement qui investit dans ses avoirs a plus de chance de convaincre le secteur privé d’investir que celui qui comprime les dépenses sur tous les horizons. D’ici trois ou quatre ans, les électeurs du Nouveau-Brunswick seront en mesure de juger laquelle des stratégies obtient les meilleurs résultats.