Qui vit par l’épée

Que ce soit dans les médias ou à l’Assemblée législative, la mise à pied par le gouvernement Gallant de hauts dirigeants nommés par le gouvernement Alward occupe une bonne partie des débats politiques actuels. Trois mises à pied attirent l’attention, dont deux en particulier: la mise à pied de Margaret-Ann Blaney à la tête de l’agence Efficacité NB, l’abolition d’Investir NB, et par conséquent le renvoi de son PDG, Robert MacLeod, et le renvoi de Rino Volpé comme PDG du Réseau de santé Vitalité.

Dans le cas de Madame Blaney, qui est passée directement de ministre de l’Énergie du Nouveau-Brunswick à présidente d’Efficacité NB en mai 2012, sa nomination était si éminemment politique qu’elle n’a pas trouvé de défenseur crédible à son renvoi. S’il y a eu controverse dans ce renvoi, c’est dans un cercle très étroitement circonscrit.

Hier, à la période de questions à l’Assemblée législative, le chef par intérim de l’opposition, Bruce Fitch, a ouvert les débats en exigeant du premier ministre, Brian Gallant, plus de précisions sur l’agence qui remplacera Investir NB, et sur le nouveau nom du ministère qui prendra la relève du ministère du Développement économique. La cible des questions toutefois touchait principalement Investir NB, des questions qui remettent en cause la décision du premier ministre d’abolir l’institution créée par le gouvernement Alward, dont le conseil d’administration était présidé par un ancien ministre libéral du Développement économique, Denis Losier.

Dans ses interventions à l’Assemblée législative, M. Fitch s’est appliqué à défendre les résultats d’Investir NB. Il s’en est suivi un débat, un peu surréel, sur comment on calcule la création d’emplois selon qu’on siège à l’opposition ou au gouvernement.

Évidemment, quand un chef de parti promet en campagne électorale de créer cinq mille emplois dès la première année de son mandat, le dossier prend une importance dramatique: annoncera-t-on la création d’emplois effective ou une création d’emplois projetée selon les engagements sur papier d’entreprises aidées par les programmes gouvernementaux au Nouveau-Brunswick? La question est valable, mais prématurée: attendons les annonces de création d’emplois d’ici l’automne prochain. Après la première année du mandat du gouvernement Gallant, la réponse sera plus claire.

À notre avis, il faut suivre l’évolution de la création d’emplois au Nouveau-Brunswick par l’entremise des rapports mensuels de Statistique Canada, dont les données sont généralement compilées avec la même méthode de calcul, d’un rapport à l’autre. C’est un constat objectif que pose l’agence fédérale, à l’abri des prétentions politiques d’un parti ou de l’autre. Quiconque veut évaluer la performance du Nouveau-Brunswick en matière d’emplois n’a qu’à consulter le bulletin mensuel publié par Statistique Canada.

Mais au fond, M. Fitch voulait surtout défendre l’institution que le gouvernement Alward avait créée et, surtout, protéger l’emploi de la personne qu’ils avaient nommée pour la diriger.

Bien qu’ils n’évoluent pas dans le même domaine, les postes qu’occupent Rino Volpé et Robert MacLeod ont ceci de commun: ils ont tous deux accédé aux postes qu’ils détiennent sans être passés par un concours ouvert de recrutement. Ils y ont été nommés d’office par l’ancien gouvernement.

À quelques reprises, le premier ministre Gallant s’est fait rappeler qu’il voulait faire de la politique autrement, mais que la mise à pied de hauts dirigeants de l’ancien gouvernement, c’est de la politique traditionnelle, une tradition à éradiquer.

Ce qui sera intéressant de voir, entre autres, pour juger si le nouveau premier ministre pratique la politique autrement, c’est la méthode selon laquelle le recrutement de hauts dirigeants se fera. Se fera-t-il de façon structurée par un processus de recrutement compétitif, accessible à des compétences réelles dans les activités de l’institution qu’ils sont appelés à gérer? Ou procédera-t-on à des nominations directes en vantant les mérites de la personne nommée, sans autre procédure? Dans la première méthode de recrutement, les compétences de messieurs MacLeod et Volpé seraient évaluées en dehors des influences politiques, et ils obtiendraient leur poste en ayant obtenu les meilleurs résultats, fixés objectivement par des autorités compétentes en ressources humaines. En attendant, qui vit par l’épée, meurt par l’épée. Quand on se fait nommer par la politique, on se fait renvoyer par la politique.