Une correction immédiate s’impose

Lorsqu’une nouvelle réglementation est entrée en vigueur au mois d’août, à quelques semaines du déclenchement des élections, les consommateurs du Nouveau-Brunswick ne savaient pas qu’elle allait entraîner une augmentation importante du prix de l’huile de chauffage. Avec l’arrivée des températures froides, les consommateurs qui utilisent le mazout, l’huile de chauffage, paient de huit à 18 cents de plus le litre que les consommateurs des juridictions avoisinantes comme l’Île-du-Prince-Édouard et l’État du Maine.

C’est surprenant, vu le fait que le gouvernement Alward s’est porté à la défense des consommateurs de gaz naturel en forçant Enbridge à baisser ses prix malgré un contrat en vigueur qui les réglementait. La mesure qui est entrée en vigueur au mois d’août visait à protéger les fournisseurs indépendants d’huile de chauffage.

La réglementation permet aux distributeurs d’huile de chauffage de facturer pour le mazout le même prix que le carburant diesel qui, comme on le sait, est plus cher que l’essence. Une résidante de Saint-Jean a informé à la radio de CBC qu’elle a payé en novembre, en faisant le plein d’huile de chauffage, treize cents de plus que le carburant ne se vendait ce jour-là à l’Île-du-Prince-Édouard. Comment expliquer une telle situation, en sachant que l’Île-du-Prince-Édouard s’approvisionne en carburant pétrolier de la raffinerie de Saint-Jean, se demande avec raison la consommatrice de Saint-Jean.

En mars 2011, le président du chapitre du Nouveau-Brunswick de l’association canadienne de l’huile de chauffage (en fait, c’est la Canadian Oil Heat Association, car son site n’utilise que l’anglais) déplorait dans un communiqué de presse le fait que la réglementation régissant le prix de vente de l’huile de chauffage plafonnait la marge de profit des détaillants à 5 cents, alors que, selon l’association, le plafond aurait dû être fixé à 8 cents le litre. Selon eux, la marge de profit trop étroite a éliminé pas moins de 22 détaillants de 2006, l’année où la réglementation a été adoptée, à 2011. Une bonne partie des détaillants disparus desservait les régions rurales. 

Pour remédier au problème, le chapitre du Nouveau-Brunswick de l’association des détaillants d’huile de chauffage demandait au gouvernement Alward de déréglementer le prix de l’huile de chauffage.

La  Loi sur la fixation des prix des produits pétroliers précise que la première considération de la Commission de l’énergie et des services publics du Nouveau-Brunswick est de «tenir compte du fait que les consommateurs devraient bénéficier des plus bas prix possible sans pour autant nuire à l’approvisionnement continu en produits pétroliers.» Dans le cas de la modification apportée en août dernier, il est bien évident que «les plus bas prix possible» pour les consommateurs de la province ne font plus partie du paysage de la réglementation modifiée. Cette nouvelle mesure réglementaire penche résolument vers la deuxième partie de la considération énoncée dans la loi: «sans pour autant nuire à l’approvisionnement continu en produits pétroliers.»

Dans les médias sociaux, les gens qui réagissent à cette nouvelle réglementation pointent du doigt le gouvernement provincial et la raffinerie Irving de Saint-Jean: ils accusent celle-ci d’être prête à engranger des profits sur le dos des consommateurs du Nouveau-Brunswick, et le gouvernement d’être au service des intérêts de l’empire financier. Remarquez que ce n’est pas nouveau comme discours…

Dans une entrevue accordée à la CBC, le ministre des Ressources naturelles, Donald Arseneault, se dit disposé à considérer l’abandon des mesures prises par le gouvernement Alward, précisant qu’il faut trouver une structure de prix qui protège les petits détaillants. Le ministre a évoqué la possibilité de réglementer la portion du prix versé aux sociétés pétrolières.

Compte tenu du fait que parmi les consommateurs qui utilisent l’huile (mazout) comme carburant de chauffage, plusieurs sont des familles à revenus modestes qui utilisent de la technologie désuète très gourmande en énergie, il serait souhaitable, charitable surtout, que le gouvernement corrige cette situation le plus tôt possible. À votre avis, est-ce que l’équilibre entre les «prix les plus bas possible» et «l’approvisionnement continu en produits pétroliers» est à renégocier? Quand l’écart du prix du litre payé ici, au Nouveau-Brunswick, se compte par vingtaine de sous le litre au détriment des consommateurs, une correction s’impose.