La voix des Atholvillois

Avec 2014 qui tire à sa fin, revenons sur l’un des moments les plus inattendus des derniers mois, soit la décision de trois membres du conseil municipal d’Atholville de faire dérailler le projet de fusion avec Val-d’Amour et Saint-Arthur.

Atholville est une petite municipalité d’environ 1200 personnes qui jouit d’une position géographique enviable. Situé à distance de marche de la ville-centre de Campbellton, le village a pu, grâce à son taux de taxation moins élevé, accueillir de nombreux commerces et entreprises et jouir du même coup d’une belle prospérité, à l’ombre du mont Sugarloaf.

Au cours des années, des projets de fusion, généralement avec Campbellton, ont été lancés dans l’espace public, mais n’ont jamais dépassé le stade des rumeurs ou des discussions stériles. Atholville croit avec justesse qu’elle n’aurait rien à gagner à se regrouper avec un voisin plus gros et plus endetté. C’est sans oublier la question linguistique. Campbellton est une ville à majorité francophone, mais où l’anglais en mène large. Il suffit de jeter un coup d’oeil à l’affichage ou d’écouter le maire unilingue Bruce MacIntosh pour s’en convaincre.

Au cours des dernières années, des négociations ont plutôt été menées avec les districts de services locaux de Val-d’Amour et de Saint-Arthur. Tout le monde y a rapidement trouvé son compte, si bien qu’un projet de regroupement a été présenté aux citoyens des deux DSL. Le «oui» a triomphé par une forte marge.

Ne restait plus qu’au conseil municipal d’Atholville d’adopter à son tour une motion en ce sens…

Cela semblait être une formalité. Il faut voir et revoir la photo publiée dans l’Acadie Nouvelle du maire Michel Soucy et des représentants des deux DSL, main dans la main, avec un large sourire, pour voir que tous pensaient vivre un jour historique ainsi que le début d’une nouvelle ère de collaboration entre voisins.

Puis, le mercredi 10 décembre, est venu le choc. Les conseillers municipaux Gaétan Cormier, Gérard Fallu et Betty Firth se sont opposés à la résolution. «Deux ans et demi de travail à la poubelle» (a dit le président du DSL de Val-d’Amour, Jean-Guy Levesque).

Réglons un point important tout de suite. Les trois conseillers étaient tout à fait dans leur droit de voter comme bon leur semblait. Le conseil municipal est souverain. Il est élu pour prendre des décisions et défendre les intérêts de la communauté. M. Cormier, M. Fallu et Mme Firth sont dans leur droit légitime de s’opposer.

Néanmoins, la raison évoquée sort de nulle part. Et surtout, il y a la manière.

Nous venons de l’écrire, les conseillers sont élus pour prendre des décisions. Or, voilà que sans avertissement, les trois opposants réclament que les citoyens d’Atholville soient consultés. Oubliées, les assemblées publiques qui ont servi à présenter le projet à la population et à écouter ses commentaires. Oubliées, les nombreuses réunions de conseils municipaux qui ont eu lieu pendant tout ce temps. Ignoré, le fait que la Loi sur les municipalités du N.-B. permet aux conseils de voter par simple motion le regroupement ou la fusion avec d’autres localités (ce qui a d’ailleurs été fait à Tracadie). Les trois conseillers réfractaires exigent un plébiscite, rien de moins.

Maintenant qu’ils sont devenus des apôtres de la démocratie directe, il faudra surveiller, au cours des prochains mois, si Gaétan Cormier, Gérard Fallu et Betty Firth exigeront dorénavant un plébiscite avant d’adopter un budget, d’augmenter le taux de taxe foncière, d’injecter des centaines de milliers de dollars dans des travaux routiers, etc.

Michel Soucy, malgré tout son enthousiasme, doit partager une petite partie du blâme de ce fiasco qui ridiculise son village partout dans la province. En tant que maire, il était de son devoir de s’assurer que ses conseillers étaient tous sur la même longueur d’onde.

Cela dit, il est difficile de savoir à quel point M. Soucy pouvait prévoir la suite des événements. Les trois conseillers ont caché leur jeu jusqu’à la toute fin. Ils ont eu de multiples occasions d’exiger leur référendum. Or, ce n’est qu’au dernier moment, au moment du vote final, qu’ils sont finalement sortis de l’ombre. Si leur position peut être légitime, leur choix de cacher si longtemps leurs véritables intentions est inexcusable. Tout le contraire de la transparence dont ils affirment être les défendeurs.

Le ministre des Gouvernements locaux, Brian Kenny, a été invité à fusionner tout le monde de force. Il a refusé, avec raison. Il n’a pas à faire fi des décisions d’un conseil municipal dûment élu. Atholville organisera donc un vote maison, sous la supervision d’une firme indépendante.

C’est désormais aux Atholvillois de rapidement tourner la page sur cette histoire et de donner naissance à une nouvelle communauté plus forte et plus unie.