Le débat sur les armes à feu n’est jamais bien loin dans l’actualité au Canada. Un peu comme la question de l’avortement, il divise tout le monde en deux camps aux opinions bien tranchées.

Nous avons tous été marqués, à divers degrés, par les événements de Paris, le 7 janvier. Deux hommes se sont rendus dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo et ont lâchement abattu douze personnes, au nom d’une conception particulièrement barbare de l’Islam. Charlie Hebdo s’était rendu coupable d’avoir caricaturé le prophète Mahomet. C’était trop pour ces extrémistes.

L’attaque a eu un grand retentissement à travers le monde. Des manifestations de solidarité envers Charlie Hebdo, mais aussi en faveur de la liberté d’expression, ont eu lieu un peu partout, y compris au Nouveau-Brunswick.

Comme c’est l’habitude après ce genre de drame, la question sur les armes à feu a été relancée. L’Acadie Nouvelle s’est même retrouvé brièvement au coeur du débat, quand plusieurs lecteurs ont condamné la publication d’une publicité d’un marchand d’armes de Moncton dans nos pages, le lendemain du drame.

Tout cela ne doit pas nous faire oublier que depuis quelques années, le lobby de l’armement a le vent dans les voiles au Canada.

Nous sommes loin de l’époque du drame de la Polytechnique (un misogyne a assassiné 14 femmes à Montréal, en 1989), qui avait uni le pays et poussé le gouvernement fédéral à mettre sur pied un registre obligatoire des armes d’épaule.

Les dépassements de coût qui ont accompagné sa mise sur pied et l’élection d’un gouvernement conservateur résolument du côté des opposants ont depuis complètement changé la donne. Le vent souffle désormais du côté de ceux qui s’opposent aux règles. L’attentat de Charlie Hebdo, l’attaque contre le Parlement du Canada et, plus près de nous, la fusillade qui a coûté la vie de trois policiers à Moncton, ne changeront absolument rien au statu quo.

Plus inquiétant encore, on dénote une américanisation de cet enjeu. La National Firearms Association, qui défend le droit de porter des armes au Canada, est beaucoup moins discrète. Elle s’inspire en cela de son pendant américain qui n’hésite plus, au lendemain de fusillades dans les écoles, à réclamer que les enseignants portent des armes à feu en classe.

On a aussi vu l’an dernier le ministre Peter MacKay porter fièrement, lors d’une activité de financement, un chandail sur lequel était dessiné une arme de combat collée contre une feuille d’érable, avec les mots «no compromise». Il y a tout juste un an, un député d’arrière-ban conservateur, Blaine Calkins, a affirmé que les libéraux voulaient lui retirer ses armes, et qu’ils n’y parviendront qu’en les arrachant de ses «mains froides et mortes». De son côté, le chef libéral Justin Trudeau a déclaré en décembre 2012 que non seulement le registre des armes d’épaule était un échec, mais que la possession d’une arme à feu est «une facette importante de l’identité canadienne».

Bref, le genre de propos que nous sommes habitués d’entendre aux États-Unis, mais qui sont désormais répétés de plus en plus souvent de ce côté de la frontière.

Il est pourtant clair que les lois doivent être plus sévères. La plupart des armes, celles qui ne sont pas des armes de chasse, devraient être interdites au Canada. À quelques rares exceptions (la police, l’armée…), il devrait être impossible d’acheter des armes d’assaut, semi-automatiques, à longue portée et même des pistolets, ou encore de les sortir d’un club de tir. Ce sont des armes qui servent à tuer des humains, pas des chevreuils ou des orignaux.

De même, une enquête menée par le chef de bureau aux affaires publiques de l’Acadie Nouvelle, Pascal Raiche-Nogue, publiée cette semaine dans nos pages, a permis de démontrer qu’il est trop facile de passer les tests pour obtenir le droit de posséder et d’acheter un fusil. Le système est basé sur la bonne foi du demandeur, qui doit dire s’il a des pensées suicidaires, s’il vient de vivre une séparation, etc. Il ne peut en rien freiner un tueur potentiel.

Il faudra bien un jour resserrer encore plus nos lois concernant les armes à feu les plus dangereuses.

Le droit de vivre en paix et en sécurité constitue lui aussi «une facette importante de l’identité canadienne».

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