Le bon réflexe

Nous ne savons pas encore ce que fera le gouvernement des principales conclusions qui se dégageront des audiences de consultation qui se déroulent actuellement dans pratiquement toutes les régions de la province. On constate toutefois que la participation de la population en général et celle des groupes d’intérêts est sérieuse et dynamique.

Les gens auraient pu afficher du cynisme politique et éviter de participer aux séances de consultation en avançant que ça ne donne rien, que les politiciens ne sont qu’intéressés aux apparences de discussion mais, qu’au bout du compte, ils feront ce qu’ils veulent.

Les gens ont plutôt cru et ils répondent à l’appel au dialogue lancé par le premier ministre Brian Gallant et par son ministre responsable de l’examen stratégique des programmes, Victor Boudreau. C’est un bon réflexe. Comme le dicton populaire souvent cité l’énonce, les absents ont tort. Les contribuables du Nouveau-Brunswick ne veulent pas donner au gouvernement Gallant l’argument d’avoir tendu l’oreille, mais que personne n’a voulu parler. Les gens s’expriment et eux aussi mettent tout sur la table… de discussion.

Tant à Pont-Landry dans la Péninsule acadienne qu’à Saint-Léonard au Madawaska, les participants se sont impliqués dans la discussion en étant convaincus que le déficit structurel des finances publiques du Nouveau-Brunswick doit être corrigé. La hausse des taxes, de la TVH en particulier, de l’impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés sont autant de moyens proposés durant les ateliers de consultation où les gens, regroupés en petits groupes de discussion autour d’une table, échangent leurs idées, les testent entre eux avant de les proposer au gouvernement.

Les participants aux audiences, jusqu’à maintenant, en arrivent à des conclusions réalistes, selon les rapports de presse. On ne demande plus le beurre et l’argent du beurre: généralement, on reconnaît que pour garder son école ouverte il faudra s’impliquer, que pour garder nos services de santé et nos infrastructures, il faudra payer plus d’impôt et de frais de service.

Si elle est bienvenue, selon les commentaires du ministre Boudreau à Pont-Landry, la participation vigoureuse des gens engage le gouvernement à tenir compte dans une bonne mesure des conclusions auxquelles arrivent les participants aux audiences de consultation. Bien sûr, le consensus sur une question aussi large, sur des mesures précises, ne sera pas établi à l’issue des audiences de consultation. Mais il faudra bien que le gouvernement retienne les principes autour desquels la population se rallie.

Puisque les discussions portent sur un problème structurel, le changement qui devra se faire sera profond et probablement difficile. C’est pourquoi la suggestion d’une coalition d’organismes et d’associations actives dans la province a beaucoup de mérite: avant de procéder aux changements, le gouvernement devrait publier un livre blanc sur la société de demain au Nouveau-Brunswick.

Les avantages, à notre avis, de la publication d’un livre blanc sont nombreux. Le premier, et le plus grand, c’est de réfléchir un peu plus longuement à la transformation à laquelle on s’apprêt à assujettir la province et ses habitants. Le deuxième avantage c’est d’informer l’ensemble des contribuables des tendances qui se dégagent de toutes les régions de la province et de ce qui ressort des consultations privées avec les regroupements d’intérêts, les organisations professionnelles et les organismes citoyens. Et troisièmement, le Livre blanc sur la transformation stratégique de la province avancerait les pistes poursuivies par le gouvernement. Nous pourrions ainsi comprendre où et pourquoi le gouvernement de Fredericton compte redéfinir l’environnement socioéconomique de notre province: les grands principes de la fiscalité qui caractérisera notre province, du système de santé sur lequel compte les citoyens et des réseaux d’éducation qu’on compte offrir à notre jeunesse. La publication d’un livre blanc sur notre avenir serait pour le gouvernement un bon réflexe, comme celui de la population de participer activement à l’exercice de consultation.