Dénonçons

Nous y revoilà. Encore une fois, la communauté acadienne est forcée de défendre sa volonté de ne pas se laisser mourir à petit feu. Nous savons depuis longtemps que la lutte contre l’assimilation passe par le contrôle de nos institutions, et en particulier de nos écoles. Ce droit a beau être protégé par nos lois et enchâssé dans la constitution canadienne, cela n’empêche pas certains de les contester. Cette semaine, c’était au tour du maire de la capitale provinciale de s’y mettre.

Les Acadiens et autres citoyens francophones du Nouveau-Brunswick ont l’habitude. Il se trouvera toujours quelqu’un pour croire que le bilinguisme ou la dualité coûte trop cher.

Ces critiques ne sont pas limitées à des petits groupes qui ruminent autour d’une bière dans un bar. Elles peuvent prendre la forme d’une chronique ou d’un éditorial dans un journal d’un certain empire médiatique néo-brunswickois. Parfois aussi, c’est un politicien d’arrière-ban ou un ministre qui s’échappe, un casino appuyé par le gouvernement qui croit que sa clientèle doit jouer in English only, ou encore un parti politique qui cherche à faire des gains en cassant du sucre sur notre dos, etc.

Ces attaques de bas étage ne mènent généralement nulle part, sauf braquer la population francophone et provoquer la division. N’empêche, il faut le dénoncer fermement, chaque fois.

Alors, dénonçons.

Brad Woodside est un politicien qu’on pourrait qualifier de populiste. Le maire de longue date n’en est pas à ses premières frasques à Fredericton.

À la fin des années 1980, il s’était plaint ouvertement du fait que le bilinguisme était trop dispendieux à son goût. Le premier ministre Frank McKenna l’avait remis à sa place en lui rappelant que Fredericton profite beaucoup du fait d’héberger le gouvernement, et que d’autres villes de la province seraient heureuses d’être à sa place.

En 1995, le maire a encore fait parler de lui pour les mauvaises raisons, en s’attaquant à un autre groupe minoritaire. Il avait tenté d’empêcher l’organisation d’un défilé de la fierté gaie dans les rues de sa ville. Lors d’une assemblée municipale en 1998, il avait ensuite refusé de lire à voix haute la proclamation de la semaine de la fierté gaie, préférant murmurer le texte de façon inaudible. Du grand art.

La pensée de M. Woodside a évolué dans le bon sens depuis cette époque, si bien qu’il participe désormais à certaines activités de la fierté gaie, notamment en hissant le drapeau arc-en-ciel à l’extérieur de l’édifice municipal.

Néanmoins, la question des droits des francophones semble encore le chicoter. C’est plus fort que lui. Au diable le fait que les deux écoles francophones de la capitale rapportent des milliers de dollars en taxes foncières à sa municipalité. Et tant pis pour tous ces francophones bien rémunérés qui gagnent leur vie dans la capitale, avec leur pouvoir d’achat annuel de 123 millions $ (selon une analyse économique publiée en 2004).

C’est ainsi qu’en réponse à l’appel du gouvernement provincial visant à trouver des économies ou de nouvelles sources de revenus pouvant atteindre 600 millions $, Brad Woodside n’a rien trouvé de mieux à dire qu’il fallait mettre fin à la dualité. En éducation et en santé, a-t-il précisé dans les médias sociaux. Preuve qu’il n’a pas agi sur un coup de tête, il a répété ses énormités aux journalistes qui l’ont interviewé, vendredi.

Les propos du maire démontrent son ignorance crasse de notre histoire. Les écoles bilingues ont longtemps été des foyers d’assimilation.

Le système de dualité (un réseau d’école pour les anglophones, un autre pour les francophones) qui prévaut au Nouveau-Brunswick n’est pas une forme de ségrégation, mais la clef de notre survie en tant que peuple de langue française. Le contrôle de nos institutions est vital. C’est non négociable.

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que le gouvernement de Brian Gallant avait venu venir les coups. Quand il a annoncé son intention d’effectuer d’importantes compressions, il a précisé à plusieurs reprises que tout était sur la table… sauf la vente d’Énergie NB et les droits constitutionnels des francophones.

Cela a permis d’éviter que le débat ne dégénère sur une base linguistique.

Ainsi donc, quand l’Atlantic Institute for Market Studies a proposé le mois dernier de n’offrir qu’un système de transport scolaire pour les élèves anglophones et francophones afin d’économiser des fonds, l’idée a été balayée du revers de la main. Le même sort a été réservé à la proposition Woodside.

Le maire a mis un peu d’eau dans son vin en soirée, se disant désormais partisan de nos droits linguistiques. Espérons que cette fois, il ait réellement compris. Mieux vaut tard que jamais.