Les choix stratégiques

Depuis une semaine, le monde de l’éducation, des affaires francophones et celui des affaires municipales ont dévoilé le contenu de leurs mémoires au gouvernement du Nouveau-Brunswick qui s’adressent à l’examen stratégique du budget provincial.

Quand on évoque l’adjectif «stratégique», on entend que l’examen sera conduit dans «l’art de coordonner des actions (politiques et économiques), de manœuvrer habilement pour atteindre un but», pour emprunter la définition du Larousse.

Quand les libéraux étaient à l’opposition, ils reprochaient au gouvernement Alward de ne pas adopter des politiques stratégiques dans son effort d’équilibrer le budget. Le gouvernement Gallant a donc repris le terme quand il a annoncé l’exercice de consultation sur la préparation d’un budget qui vise, comme le gouvernement précédent, à reprendre la maîtrise des finances publiques de la province. Le mot stratégique n’est pas tombé dans l’oreille de sourds. Tant le Conseil économique du Nouveau-Brunswick (CENB), que l’Association francophone des municipalités (AFMNB) et l’Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB) ont fait part de leur vision des stratégies que pourraient utiliser le gouvernement pour atteindre le but visé, l’équilibre budgétaire.

Le CÉNB rappelle que le programme Initiative multimédia Nouveau-Brunswick a engendré des retombées supérieures à 260 millions de dollars, à partir d’un investissement de 61 millions.

Retenant cet exemple comme un investissement stratégique productif et en se projetant dans l’avenir, le CÉNB voit le Nouveau-Brunswick développer des compétences exportables dans le domaine de l’exploitation des ressources naturelles, l’énergie comme levier de développement économique et, par exemple, l’apprentissage de la langue seconde où le Nouveau-Brunswick a créé un créneau d’excellence.

Le Conseil économique retient aussi la mise en œuvre d’un plan d’éducation de dix ans qui, avec une initiative en matière d’infrastructures stratégiques, a permis de donner «l’impulsion nécessaire à l’économie de la province; le plan d’éducation a ancré une culture de l’apprentissage au sein de la population: entre autres, notre main-d’œuvre est au premier rang en matière de qualification et de compétences, et occupe des emplois dans la province.»

Le plan d’éducation de dix ans auquel se réfère le CÉNB a été annoncé l’été dernier par le gouvernement Alward: la Politique d’aménagement linguistique et culturel, un projet de société pour l’éducation en langue française. Cette politique est l’œuvre d’une centaine de bénévoles issus des divers secteurs de la société acadienne et franco-phone du N.-B. Ils ont analysé l’éducation au Nouveau-Brunswick, débattu de ses faiblesses et conçu une politique susceptible de corriger le retard observé par la Commission sur l’école francophone.

C’était logique, dans son mémoire soumis au gouvernement du Nouveau-Brunswick l’AEFNB exhorte Fredericton à ne pas sacrifier cette politique, et l’éducation de la génération actuelle et des suivantes par voie de conséquence, sur l’autel de l’équilibre budgétaire immédiat. La mise en œuvre de cette politique prévoit une enveloppe budgétaire égalitaire pour permettre de corriger l’iniquité observée dans le système d’éducation francophone au Nouveau-Brunswick. L’AEFNB conclut, entre autres, que l’abandon de la politique aurait des conséquences désastreuses sur la population acadienne et francophone de la province.

L’Association francophone des municipalités, quant à elle, insiste sur la nécessité pressante de la municipalisation de tout le territoire tout en renouvelant le cadre législatif municipal. L’AFMNB rappelle que 85 % du territoire se retrouve actuellement dans les districts de services locaux où réside près du tiers de la population de la province. Cette structure municipale désuète crée un déficit annuel de 34 millions de dollars dans le budget des services de transport, estime l’association. Elle propose un modèle de municipalisation de la province qui engendrerait des revenus additionnels de 21 millions $, un gain net de 55 millions par rapport à la situation actuelle.

Essentiellement, les trois organisations provinciales qui oeuvrent dans des secteurs névralgiques de notre société incitent le gouvernement du Nouveau-Brunswick à agir intelligemment pour ramener la province sur la voie de la prospérité. À la lecture de leurs mémoires, il est clair que le gouvernement a tout intérêt à travailler dans le sens des recommandations formulées par des organisations hautement respectées par un large segment de la population.