La table est mise

Cet après-midi à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick à Fredericton, le gouvernement Gallant dévoilera le premier budget de son administration. Quelles suggestions a retenues le gouvernement de l’exercice de consultation et quelles surprises comprendra le budget?

Durant l’exercice de consultation dans le cadre de l’examen stratégique des programmes, le gouvernement a reçu des avis, des conseils et des analyses de maintes sources. Le monde municipal, le monde associatif, les gens d’affaires et leurs organisations de même que les contribuables qui ont assisté aux audiences de consultations ont soumis leurs suggestions, tant à court terme qu’à moyen et long terme, tant sur les dépenses à éliminer que les recettes à envisager.

Selon le rapport du gouvernement sur les consultations, Examen stratégique des programmes: ce qui s’est dit, un peu plus d’un millier (1238) de citoyens de la province ont participé aux audiences tenues un peu partout dans la province. Le rapport indique que de ces audiences et des communications sur diverses plateformes plus de 9000 idées ont été soumises au gouvernement pour relever le défi d’éliminer le déficit qu’a enregistré le gouvernement provincial à chaque année depuis 2008.

De ces milliers de suggestions, voici celles qui sont revenues le plus souvent, selon compilation qu’a publiée le gouvernement: investir davantage dans l’agriculture – promouvoir une alimentation saine et les produits locaux; se concentrer sur le mieux-être;  adopter un modèle de mieux-être plutôt qu’un modèle de soins de santé; investir dans les entreprises locales et générer davantage de produits néo-brunswickois; réduire le chevauchement des tâches au sein des systèmes de santé et d’éducation; augmenter la TVH; mettre des péages sur les autoroutes; faire la promotion du Nouveau-Brunswick – investir dans le tourisme et améliorer l’image de la province; augmenter les impôts des sociétés – arrêter d’accorder des allègements fiscaux aux grandes entreprises; augmenter les redevances – ne pas faire cadeau de nos ressources naturelles et améliorer la collaboration entre les ministères du gouvernement.

La fréquence des suggestions, évidemment, ne garantit pas qu’elles seront mises en œuvre. Il serait étonnant, aussi, que le gouvernement vise l’équilibre budgétaire dès son premier budget. L’atteinte de l’équilibre, étant donnée l’ampleur (environ un demi milliard de dollars) du redressement budgétaire que veut atteindre le gouvernement Gallant, demande tout un train de mesures qu’il serait difficile de mettre en place en seulement un an. Un processus de redressement des finances d’un gouvernement est plus complexe et généralement plus long que celles du secteur privé.

Mis à part les droits acquis et protégés par la Charte des droits et libertés, il semble bien ne pas avoir de vache sacrée: les écoles et les hôpitaux font partie des institutions visées par l’examen stratégique. À lire le rapport des consultations, il semble bien que les habitants des grands centres ne se sont pas gênés pour conseiller au gouvernement de fermer les écoles dans les «petites communautés rurales» et de changer la vocation des «petits hôpitaux en milieu rural».

Comme le signalait Pascal Raiche-Nogue dans sa chronique lundi, le gouvernement a envoyé depuis quelques mois plusieurs ballons d’essai, des notions à propos des secteurs qui pourraient être touchés, en répétant plusieurs fois que «tout est sur la table». L’évocation récente de mesures que pourraient prendre le gouvernement, y compris en éducation et en santé, est à la fois une façon d’obtenir des réactions à ses intentions et de nous prévenir à propos de celles qu’il contemple sérieusement.

Les porte-parole du gouvernement, le premier ministre en tête, ont répété que des choix difficiles sont nécessaires pour redresser les finances de la province. Nous avons été prévenus dix fois plutôt qu’une. À l’instar du gouvernement Couillard, et avant lui des gouvernements McKenna au provincial et Chrétien au fédéral, nous entrons de plein pied dans une ère d’austérité. Nous saurons cet après-midi jusqu’à quel point cette austérité fera mal, jusqu’à quel point des programmes, jugés cruciaux par les citoyens, seront touchés. Ce sera le sujet de l’éditorial dans notre édition de samedi.