Un sentiment d’inachevé

Le gouvernement Gallant clame depuis des mois que «tout est sur la table». Il est donc surprenant de constater que son budget déposé mardi après-midi ne sort pas particulièrement des sentiers battus.

Le premier budget du ministre des Finances, Roger Melanson, aurait pu, à quelques nuances près, être rédigé par un ministre du gouvernement précédent. Outre la décision d’augmenter l’impôt des Néo-Brunswickois les plus riches (le ministre prévoit chercher 30 millions $), on note une volonté de réduire les dépenses publiques et de limiter les hausses de taxes et d’impôts. Exactement comme l’ont fait les pro-gressistes-conservateurs depuis quatre ans.

Par exemple, après avoir soumis aux contribuables la possibilité d’augmenter la taxe de vente harmonisée ou d’instaurer des péages routiers, Fredericton recule et se contente plutôt de hausser de 1,9 cent le litre la taxe sur l’essence et de 2,3 cents le litre la taxe sur le diesel.

En se privant des revenus importants qui accompagneraient une hausse de la TVH, le gouvernement Gallant est ainsi obligé de prendre des mesures difficiles pour combattre le déficit.

Le budget du principal poste de dépenses – la santé – est gelé pour un an, ce qui mènera à des compressions. Rien pour rassurer les citoyens des régions qui craignent la fermeture de leur hôpital.

Ça s’annonce encore moins joyeux dans le domaine de l’éducation. Roger Melanson confirme l’élimination de 249 postes d’enseignants, ce qui signifiera plus d’élèves par classe dans les écoles. Aucune fermeture d’établissement scolaire n’a été annoncée, mais ça pourrait bien n’être que partie remise.

Ces compressions en éducation sont particulièrement décevantes. Le grand débat des récentes semaines sur le transport scolaire dit «bilingue» aurait dû rappeler aux décideurs le rôle crucial que joue le système d’éducation au Nouveau-Brunswick, particulièrement pour les francophones.

Le ministre gèle les droits de scolarité des étudiants, mais fait de même avec les fonds accordés aux universités. Celles-ci devront donc boucler leur budget sans pouvoir compter sur la hausse de leurs deux principales sources de revenus (subventions et droits de scolarité) et ce, dans un contexte de diminution de la population étudiante. Une belle façon d’affaiblir nos institutions de savoir.

Peu importe le chemin choisi par les administrations universitaires (hausses de frais connexes ou de logement, réduction du nombre de professeurs ou de cours, etc), nous pouvons parier que les étudiants seront les premiers touchés par les conséquences.

Certaines mesures touchent aussi durement les régions rurales. Comme annoncé en exclusivité dans l’Acadie Nouvelle la semaine dernière, des palais de justice (dont celui de Grand-Sault) fermeront définitivement leurs portes.

Des bureaux de Service NB subiront le même sort, y compris ceux de Saint-Léonard et de Saint-Quentin. Les citoyens et les élus des régions ont de bonnes raisons de fulminer.

Tout comme à l’époque des progressistes-conservateurs, cette panoplie de mesures ciblées ne viendra pas à bout du déficit.

Les libéraux prévoient qu’il atteindra 476,8 millions $ (cela comprend une réserve pour imprévus de 150 millions $) en 2015-2016. Malgré ce nouveau resserrement des finances publiques, la croissance des dépenses (1,5 %) dépassera celle des revenus (0,6 %).

Nous restons aussi sur notre appétit sur la question économique. Les entrepreneurs ne manqueront pas de saluer la baisse du taux d’imposition des petites et moyennes entreprises et l’augmentation (de 30 % à
50 %) du taux du crédit d’impôt pour les citoyens qui investissent dans les petites entreprises. Néanmoins, nous cherchons en vain une stratégie plus large visant à relancer l’économie et réduire de façon substantielle le chômage. Fredericton a mis tous ses oeufs dans le panier de la nouvelle société d’État Opportunités NB, qui doit encore faire ses preuves.

Somme toute, le budget Melanson laisse derrière lui un sentiment d’inachevé. Après des mois à entendre les principaux ténors dans la capitale préparer l’opinion publique à de grands changements, force est de constater que ce premier effort n’est pas à la hauteur des attentes, en plus de nous pousser à nous interroger sur les priorités libérales.

Tout laisse croire que l’administration Gallant a voulu se donner une année supplémentaire avant de réellement donner le coup de barre annoncé depuis le début du mandat. Ce budget comprend sa part de mesures impopulaires, mais pas au point de pousser des milliers de personnes à manifester dans les rues. Il porte la marque d’un gouvernement qui préfère pour le moment ne pas avancer trop vite afin d’éviter de brusquer l’électorat.