La mauvaise résurrection

Il est difficile de comprendre que le chef du Nouveau parti démocratique du Nouveau-Brunswick, Dominic Cardy, ait repris à son compte une suggestion du groupe Atlantic Institute for Market Studies (AIMS) avancée à la mi-janvier.

C’est dans un énoncé de politique, Education on Wheels, publié en janvier que l’AIMS suggère que le système d’autobus scolaire au Nouveau-Brunswick est trop coûteux, ayant passé de 31 millions $ en 1987 à 59 millions $ en 2014, alors les inscriptions dans les écoles de la province sont passées de 120 000 élèves en 2002 à 102 000 en 2011. Sauf de mentionner l’existence des deux systèmes d’éducation au Nouveau-Brunswick, AIMS n’inclut pas dans son énoncé les raisons de l’existence des deux réseaux d’éducation au Nouveau-Brunswick. Pour les chercheurs de cet énoncé de politique, cette question est une vague abstraction. Ils se concentrent plutôt sur des tableaux de chiffres et se limitent à discuter des options de gestion des flottes d’autobus. Ils auraient mieux fait de s’abstenir de commenter un domaine dont ils ignorent les fondements et l’histoire.

On ne peut pas conclure avec certitude que c’est l’énoncé de politique de l’AIMS qui a inspiré M. Cardy, mais son discours sur la question reprend plusieurs des arguments. Il est vraiment dommage que le chef néo-démocrate n’ait pas cru pertinent de s’informer auprès d’organismes impliqués en éducation, comme l’Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick ou encore les directions des conseils scolaires francophones, avant d’adopter et de rendre publique sa réflexion sur le transport scolaire dans la province.

Tant dans le cas de l’AIMS que du NPD, on ne précise pas ce que le gouvernement du Nouveau-Brunswick économiserait en abandonnant le transport des élèves en fonction de la langue. Il est fort probable que les économies seraient modestes et ne contribueraient pas à un gain significatif pour les finances publiques. Le fondement de la suggestion de l’AIMS et du NPD, l’assainissement des finances publiques, n’a donc pas d’arguments convaincants qui militent en sa faveur.

Ce qui est triste dans la suggestion tant de l’AIMS que du NPD, c’est qu’elle remet en question publiquement en question la dualité du système d’éducation du Nouveau-Brunswick. Elle ressuscite un débat acerbe dont on se serait bien passé. C’est une mauvaise résurrection, stérile et propice à la division.

Ironiquement, les opposants à la dualité prétendent que le transport séparé des élèves francophones et anglophones engendre la division entre les communautés linguistiques de la province. Cet argument avait été couramment utilisé pour s’opposer à la dualité en éducation.

Les citoyens de la majorité linguistique qui crient à la division ne saisissent tout simplement pas le processus pernicieux de l’assimilation. Pour s’en rendre compte, il suffit de parcourir les commentaires sur le site web de la pétition qui réclame la démission du ministre de l’Éducation, Serge Rousselle. Le texte de la pétition l’accuse de propager la «ségrégation», comme si le dossier des autobus scolaires était du même acabit et reposait sur les mêmes motifs racistes de la ségrégation des écoles et du transport scolaire du sud des États-Unis avant la reconnaissance des droits civiques des Afro-américains.

Mardi, la présidente de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Jeanne d’Arc Gaudet, a exposé avec clarté ce qu’elle a qualifié des «forces assimilatrices qui agissent» sur les élèves.

Heureusement, le gouvernement Gallant n’a pas laissé l’ombre d’un doute quant à la réception qu’il réserve à la suggestion de passer à un système de «transport bilingue»: c’est une suggestion irrecevable.

Il est parfaitement insensé, au nom de la responsabilité fiscale, de vouloir éroder les droits acquis de la communauté acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick en passant par un petit voyage en autobus…