La gestion improvisée

C’est dans le monde agricole que nous avons vu les premiers travailleurs étrangers temporaires s’amener au Canada pour pallier la carence de main d’œuvre durant le temps des récoltes. Avec le temps et la mise sur pied d’un programme qui encadre l’embauche des travailleurs étrangers temporaires, la pratique s’est étendue. C’est ainsi qu’au cours de la dernière décennie l’industrie des pêches acadiennes en est venue à recourir à une main-d’œuvre étrangère et ainsi relever le défi de remplacer les travailleurs et travailleuses qui partaient à la retraite et qui devenaient difficiles à remplacer.

Puis ce ne fut plus que dans les ressources naturelles que les entreprises ont eu recours aux travailleurs étrangers temporaires, mais dans le secteur des services.

C’est précisément dans ce secteur que les problèmes sont apparus l’an dernier quand une employée d’une chaîne d’alimentation rapide a fait publiquement la démonstration que des employeurs avaient non seulement recours au programme des travailleurs étrangers temporaires pour remplacer des employés qui avaient quitté des emplois, mais que certains travailleurs canadiens étaient mis à la porte et remplacés par des travailleurs étrangers temporaires.

Le phénomène a été d’abord occasionnel avant de s’étendre à plusieurs entreprises et ainsi aller à l’encontre des objectifs visés par le programme: permettre aux employeurs qui ne réussissaient pas à trouver la main d’œuvre canadienne nécessaire pour exploiter leur entreprise.

Avec les compressions importantes de personnel dans la fonction publique fédérale, qui pourtant ne devait pas toucher à la livraison des programmes, la supervision de la conformité des entreprises au programme des travailleurs étrangers temporaires s’est érodée.

Avec les résultats que nous connaissons maintenant.

Pris en flagrant délit de négligence administrative, le ministre Jason Kenney a voulu sauver la face de son gouvernement en corrigeant rapidement le problème. Il a d’abord suspendu le programme en affirmant que les correctifs adéquats seraient apportés dans un délai raisonnable et permettre aux employeurs qui répondent aux critères de bénéficier à nouveau du programme. Il n’en fut rien, ou presque. Le programme s’est paralysé.

Depuis ce temps, le gouvernement fédéral est passé d’un extrême à l’autre: tout en étant très lent à acquiescer aux demandes des travailleurs étrangers pour obtenir leur statut de résident permanent, il a décidé de mettre en application rigoureuse la directive qui veut que les travailleurs étrangers au Canada depuis 2011 devaient quitter le pays le 1er avril cette année.

Comme l’article de notre édition de mardi le signalait, l’industrie des pêches du Nouveau-Brunswick a déjà maille à partir avec cette décision apparemment sans appel du gouvernement fédéral.

Des centaines de postes sur les chaînes de production ne pourront être pourvus parce que les autorités fédérales renvoient chez eux par milliers  les travailleurs étrangers qui travaillaient au Canada.

Dans les circonstances, c’est une décision insensée.

En suspendant pendant de longs mois l’exploitation du programme des travailleurs étrangers temporaires, le gouvernement a empêché les employeurs de recruter des remplaçants à ceux qui devaient quitter le pays.

À juste titre, dans de telles circonstances, les employeurs réellement dépendants de la main-d’œuvre étrangère temporaire pouvaient espérer que le gouvernement allait leur permettre de garder à leur emploi les gens qu’ils employaient depuis quatre ans, puisque c’est la décision du gouvernement qui les avait empêchés d’en recruter de nouveaux.

Tant par les partis d’opposition que par les employeurs, le gouvernement fédéral s’est fait vertement critiquer sur sa gestion de ce programme, avant que les problèmes soient mis à jour, et après.

Actuellement, la réaction du gouvernement Harper dans ce dossier a comme résultat d’anéantir un programme qui servait bien les défis de plusieurs entrepreneurs qui répondaient à tous les critères du programme.

Mais comme avec sa réforme de l’assurance-emploi, plutôt que de ne s’en prendre qu’aux employeurs qui ont abusé du programme, les décisions improvisées ont durement touché les employeurs qui se conformaient aux directives et qui avaient pourtant un besoin réel de cette main-d’œuvre.

Quel triste style de gestion.