Traîner de la patte

En 1990 le Canada s’est inscrit à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Ce faisant, le pays s’est engagé à adopter des mesures susceptibles de réduire sa production de gaz à effet de serre (GES) en vue de ralentir les changements climatiques.

Huit ans plus tard, en 1998, le Canada a signé le protocole de Kyoto en vertu duquel il s’était engagé à réduire entre 2005 et 2012 ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport au niveau de 1990. Nous produisions 591 millions de tonnes de GES cette année-là, et nous devions les abaisser d’un peu plus de 35 millions de tonnes. Le protocole de Kyoto n’est toutefois entré en vigueur qu’en 2005, et notre production de GES avait considérablement augmenté depuis 1990: notre production annuelle avait bondi de près de 25 % pour s’établir à 736 millions de tonnes. En dépit de cette réalité, un plan pour y arriver avait été élaboré et déposé.

Le plan n’a cependant jamais été mis en œuvre. Dès à son arrivée au pouvoir en 2006, le gouvernement Harper a jugé que le plan n’était pas réaliste. Devant une telle attitude, les partis d’opposition ont fait adopter une loi en 2007 qui obligeait le gouvernement du Canada à respecter le protocole de Kyoto. Plutôt que de reprendre le plan qui avait été élaboré, quitte à y effectuer des changements, à chaque conférence des partis du protocole de Kyoto, les représentants du gouvernement Harper ont tenté de faire changer les critères et les objectifs. Essentiellement, il y présentait deux propositions: mesurer la production des gaz à effet de serre (GES) en pourcentage du produit intérieur brut du pays, plutôt qu’en quantités absolues, et établir l’année de référence à 2005 plutôt que 1990, tout en allongeant à 2050 la date butoir pour atteindre les objectifs.

Quelques semaines après avoir obtenu la majorité des sièges à la Chambre des communes aux élections de 2011, le gouvernement Harper a annoncé qu’il se retirait du protocole de Kyoto. Tout le monde était déçu dans les milieux scientifiques et environnementaux, mais personne n’était surpris. Depuis ce temps, si on tente de se rendre sur le site du registre national canadien du protocole de Kyoto, où on trouvait l’évolution de la situation des GES au Canada par rapport à ses objectifs, on tombe sur une page «erreur»: l’information a été retirée du site du gouvernement du Canada. Heureusement, cependant, on peut suivre l’évolution de la production canadienne des GES sur le site d’environnement Canada, parce que notre inscription à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques nous oblige à publier ces données: depuis 2010, notre production de GES se maintient près de la barre des 700 millions de tonnes par année.

L’un des arguments de notre gouvernement fédéral pour se retirer de Kyoto rappelait que de grands pollueurs n’étaient pas inscrits, notamment les États-Unis et la Chine. Or ces deux pays ont signé en novembre un engagement que certains jugent assez ambitieux. Si l’engagement de la Chine est plutôt flou en termes d’objectifs, le président Obama a annoncé des cibles de réduction de 20 à 28 % par rapport au niveau de 2005, d’ici 2025. Alors que le gouvernement Harper s’empresse habituellement d’emboîter le pas avec les États-Unis, cette fois il s’est bien abstenu de le faire: nous ne savons toujours pas ce que présentera le gouvernement à la conférence de Paris sur les changements climatiques, qui s’ouvre le 11 novembre 2015.

La conférence de Paris vise à faire adopter par les pays signataires de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques des mesures aptes à pouvoir empêcher que la température de la planète n’augmente de deux degrés Celsius par rapport à la température de l’ère préindustrielle. Pour ce faire, les pays signataires de la Convention doivent présenter à Paris les cibles de réduction des gaz à effet de serre. On attend toujours de savoir ce que le Canada présentera comme cibles à cette conférence qu’on souhaite comme l’aboutissement à un protocole qui remplacera celui de Kyoto. Au grand dam des autres signataires de la Convention, le Canada traine de la patte dans ce dossier pourtant crucial pour l’humanité.