Prendre les moyens

L’une des  premières conséquences des changements climatiques, si nous ne nous en occupons pas, consiste à voir le niveau de l’eau augmenter, celui de la mer comme celui des grandes artères fluviales comme le Saint-Jean.

Il ne s’agit pas ici de s’alarmer, mais de considérer les actions communes nécessaires que notre société planétaire doit entreprendre pour éviter que, par exemple, nos printemps soient moins dévastateurs. Les gens de Perth-Andover peuvent témoigner de leur exaspération de voir leurs sous-sols s’innonder d’un printemps à l’autre. L’inaction en matière de changements climatiques expose les riverains à être confrontés de plus en plus souvent à la montée des eaux.

D’ailleurs, dans son plan d’action de la lutte aux changements climatiques pour 2014-2020, le gouvernement du Nouveau-Brunswick reconnaît cette réalité. On y lit en effet que le «Nouveau-Brunswick est particulièrement vulnérable à ces changements, car la majorité de sa population vit près de cours d’eau et le long de la côte». Ce plan d’action en est à sa deuxième phase. Le tout premier plan avait été présenté par le ministre de l’Environnement de l’administration Graham, Roland Haché. Nous avions été critiques de ce plan principalement parce qu’il ne comportait pas de mesures coercitives forçant les plus grands pollueurs de la province à entreprendre des mesures spécifiques dans un laps de temps déterminé: le plan laissait cela à la bonne volonté des exploitants mais il proposait certaines mesures d’accompagnement.

En consultant le rapport d’inventaire national des gaz à effet de serre (GES) au Canada, on se rend compte que les émissions de gaz à effet de serre du Nouveau-Brunswick ont effectivement diminué entre 2005 et 2013, la dernière année pour laquelle les données sont disponibles. Selon le plan d’action 2014-2020, durant cette période, nos émissions de GES ont diminué de 17%. Nous en sommes à peu près au même niveau qu’en 1990. Est-ce le fruit du plan d’action adopté en 2007, ou s’agit-il d’un ensemble de circonstances qui nous ont amené à réduire nos émissions de gaz à effet de serre?

Rappelons qu’a partir de 2008 nous avons connu au Nouveau-Brunswick une vague de fermetures de moulins à papier et de la mine Brunswick. En particulier dans le cas des moulins à papier, leur seule fermeture a grandement contribué à diminuer nos émissions de GES. C’est probablement le seul côté positif d’avoir perdu ces grands employeurs dans la province. C’est donc principalement une diminution circonstancielle d’émissions des gaz à effet de serre que nous avons connue.

Dans son plan d’action 2014-2020, la Province reconnaît en ces termes qu’il ne faut pas dormir sur les lauriers que représente la diminution de 17 % entre 2005 et 2013: «En dépit de ce succès précoce, nous continuons d’observer les effets des changements climatiques, que ce soit sous la forme de pluies extrêmes, d’érosion côtière accélérée, d’inondations des terres intérieures et côtières, de propagation de maladies et de parasites ainsi que de nouvelles possibilités sur le plan agricole.» Reconnaissant que la situation demeure critique, notamment en consultant le rapport des groupes d’experts internationaux en changements climatiques, le plan d’action 2014-2020 fixe des réductions d’émission de GES ambitieux: 10 % de réduction par rapport au niveau de 1990 d’ici 2020 (dans cinq ans), et de 75 à 85 % sous le niveau de 2001 d’ici 2050.

On vise à réduire la production des GES au Nouveau-Brunswick en s’attaquant notamment à la production d’électricité qui, en 2011, représentait 30% du total des émissions de la province, suivi du secteur industriel (29 %) et des transports (27 %).

Si les objectifs sont ambitieux et clairement établis, les mesures envisagées dans le plan d’action 2014-2020 ne sont pas plus coercitives que durant la phase de 2007-2014. Il faudra adopter des mesures plus énergiques, à notre avis, si le Nouveau-Brunswick veut se donner une chance d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixés.