La générosité à l’enchère électorale

Devant le recul dans les intentions de vote des Canadiens accusé par son parti, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau devait sortir de son silence et proposer aux Canadiens une solution de rechange à ce que le Parti conservateur du Canada de Stephen Harper leur a proposé dans le dernier budget fédéral.

De mai 2013 à l’automne 2014, les libéraux de Justin Trudeau avaient maintenu une avance continuelle dans les intentions de vote des Canadiens, le plus grand écart s’étant manifesté en novembre 2014.

Avant le dépôt du budget à la fin avril, le gouvernement Harper avait annoncé que tout en atteignant l’équilibre budgétaire dans le prochain budget, il allait remettre de l’argent dans les poches des contribuables canadiens, notamment en augmentant le montant d’argent que les parents de jeunes enfants allaient recevoir du gouvernement fédéral.

À partir de ce moment, l’avance des libéraux a fondu comme beurre au soleil, au point où le Parti conservateur de M. Harper et le Parti libéral de M. Trudeau sont maintenant pratiquement égaux dans les intentions de vote des Canadiens.

Comme on le rapportait dans notre édition d’hier, le chef libéral, Justin Trudeau, est sorti de son mutisme en annonçant les mesures fiscales qu’il entendait prendre si son parti devait former le gouvernement après les élections du 19 octobre.

Bien que les deux partis visent à séduire la classe moyenne pour obtenir leur appui aux prochaines élections, la conception de cette classe de citoyens varie d’un parti à l’autre.

Dans le cas du gouvernement Harper, il est clair qu’il vise la classe moyenne, relativement à l’aise, des grands centres urbains du pays, là où les sièges sont les plus nombreux.

L’augmentation du plafond du CELI, qui passe selon le dernier budget de 5000 à 10 000 $, et l’introduction dans le dernier budget du fractionnement du revenu familial pour permettre à un couple de payer moins d’impôt sont deux mesures qui visent les individus de la classe moyenne qui ont un revenu disponible relativement élevé.

Dans le cas du compte d’épargne libre d’impôt (CELI), le gouvernement répète qu’onze millions de Canadiens ont contribué à un CELI.

Ce qu’il néglige de reconnaître, c’est que seulement une fraction (14,5 %) de ces épargnants ont pu atteindre le plateau maximal permis de cinq mille dollars. L’augmentation du plafond à 10 000 $ ne bénéficiera par conséquent qu’à ces 14 % d’épargnants du CELI qui ont atteint l’ancien plafond de cinq mille dollars. Tant les libéraux que les néo-démocrates ont critiqué cette mesure. Ils ne sont pas seuls, les analystes financiers ont aussi fait remarquer que la mesure a un impact restreint pour les raisons que nous venons d’exposer.

Il en va de même du fractionnement du revenu: les ménages plus à l’aise où l’un des conjoints tire un salaire substantiellement plus élevé que l’autre, en répartissant les revenus entre conjoints, le montant total d’impôt à payer devient important pour les hauts salariés.

Les libéraux, s’ils formaient le prochain gouvernement, aboliraient ces deux mesures du dernier budget: le plafond de 10 000 $ du CELI et le fractionnement du revenu.

Justin Trudeau compte abaisser, modestement (1,5 %), le niveau d’impôt pour les gens qui gagnent entre 44 000 $ et 89 000 $, mais augmente le taux d’imposition de ceux qui tirent un revenu annuel supérieur à 200 000 $ par année.

Justin Trudeau s’engage aussi  à être plus généreux envers les familles qui ont des enfants de moins de 18 ans: les allocations familiales pourraient atteindre six mille quatre cents dollars par année par enfant. Les libéraux affirment sur leur site web que c’est plus avantageux que ce que le dernier budget du gouvernement Harper a prévu donner aux familles canadiennes qui comptent des enfants de 18 ans et moins.

Il semble bien que c’est le terrain sur lequel s’affronteront les partis fédéraux à la prochaine élection: convaincre la classe moyenne que son parti est celui qui est réellement de son bord, qu’il a ses intérêts et ses préoccupations à cœur.

Les prochains sondages devraient nous indiquer laquelle des stratégies et quelles mesures fiscales plaisent le plus aux Canadiens.