Entreprise ou vocation?

Lorsque le ministre de l’Éducation et du développement de la petite enfance, Serge Rousselle, a annoncé les changements au programme de soutien financier à l’amélioration de la qualité pour les garderies, nous n’avions pas réalisé que les propriétaires de garderie à but lucratif, qui ont une formation pour l’éducation de la petite enfance, perdaient la bonification de cinq dollars l’heure à leur salaire. C’est pourtant bien le cas, comme l’a d’ailleurs rappelé le ministre Rousselle dans ses communications sur le dossier.

On compte 260 garderies à but lucratif au N.-B. Dans la majorité des cas, il s’agit d’exploitations de petite taille où les propriétaires sont également impliquées à la garde et à l’éducation de leurs petits clients.

Le chiffre peut varier dépendant du nombre de propriétaires touchées par la mesure, mais on peut estimer que le ministère de l’Éducation et du développement de la petite enfance économisera environ 400 000 dollars en ne versant plus aux propriétaires de garderies à but lucratif le cinq dollars l’heure de bonification de leur salaire d’éducatrice. L’économie réalisée par le ministère, sur un budget de 1,1 milliard de dollars, est en quelque sorte une économie de bout de chandelle: trois dixièmes d’un pour cent du budget global du ministère.

Il n’y a plus seulement les propriétaires de garderies qui sont mécontentes des changements, mais les parents aussi ne voient pas d’un très bon œil le changement annoncé par le gouvernement: ce sont eux, logiquement, sur qui retombera le fardeau de pallier le manque à gagner qu’occasionne le changement au soutien financier des garderies.

Ce n’est pas parce que de jeunes couples, sur le marché du travail tous les deux, ont des enfants en garderie qu’ils ont riches. Une augmentation des frais de garderie dans un budget familial déjà très serré peut faire mal aux finances familiales.

Le terme «garderie à but lucratif» peut projeter l’image d’une entreprise profitable. Mais ce n’est que cela, une image. Bien sûr il existe des propriétaires de garderies au N.-B. qui ont des exploitations à grande échelle, qui possèdent plus d’une garderie et dont le rôle principal est d’administrer leurs garderies. Mais ce n’est pas le cas typique.

Plusieurs de ces garderies sont de taille modeste et la ou les propriétaires jouent également le rôle d’éducatrice. Sous le régime actuel du programme de Soutien financier à l’amélioration de la qualité, les propriétaires qui sont également éducatrices dans leur garderie sont admissibles au soutien financier de cinq dollars l’heure quand elles détiennent le certificat de formation comme éducatrice à la petite enfance. C’est à ces garderies que la nouvelle mesure fait mal, et c’est probablement une très grande majorité des garderies à but lucratif qui sont touchées par le changement. En admettant que la propriétaire-éducatrice ne prenne que trois semaines de vacances par année, être privée du soutien financier (le 5$/l’heure) veut dire un manque à gagner de près de dix mille dollars par année.

Dans ses communications, le ministre fait remarquer que le gouvernement a réduit de quatre pour cent le taux d’imposition des petites entreprises, une réduction dont pourraient se prévaloir les propriétaires de garderies à but lucratif. Pour aller chercher dans cette baisse d’impôt de quatre pour cent les dix mille dollars perdus par la nouvelle mesure, il faudrait que la garderie affiche un bénéfice avant impôt de 250 000 dollars!

Le ministre Rousselle, cette semaine, a indiqué qu’il avait reçu de nouvelles informations sur l’exploitation des garderies au Nouveau-Brunswick. Ces informations touchent aux revenus et aux dépenses encourues par les garderies. Sans en connaître les détails encore, nous estimons que les propriétaires de garderies auront un cas solide à présenter au ministre Rousselle.

Il serait souhaitable que parmi les garderies à but lucratif du Nouveau-Brunswick, on départage les propriétaires de réseau de garderies des propriétaires de garderies de taille modeste pour lesquelles le soutien financier est un élément clé dans l’ensemble de leurs revenus. Souhaitons que le ministre Rousselle garde l’esprit ouvert à des changements à sa décision, à la lumière de l’information financière qu’on lui fournira sur l’exploitation des garderies privées au Nouveau-Brunswick, car dans la majorité des cas, être propriétaire d’une garderie ce n’est pas posséder une entreprise, c’est pratiquer une vocation.