La volonté politique nécessaire

En comptant le gouvernement Graham, qui avait commandé l’étude sur la réforme de la gouvernance locale réalisée par l’ex-sous-ministre Jean-Guy Finn, nous avons eu trois gouvernements qui sont restés les mains dans les poches, immobiles devant la nécessité pourtant évidente de procéder à la réforme de la gouvernance locale au Nouveau-Brunswick.

Le gouvernement Gallant en est encore en début de mandat. On pourrait toujours espérer que ce serait le gouvernement actuel qui prenne le taureau de la gouvernance par les cornes pour voir à instituer les changements qui s’imposent. Toutefois, aucun signe de sa part du ne nous permet d’être optimiste à ce chapitre. Les intervenants du monde municipal sont laissés à eux-mêmes dans ce dossier.

Ce n’est pourtant pas parce qu’il n’existe pas de volonté de poursuivre la municipalisation du territoire. Un peu partout dans la province, des intervenants du monde municipal se réunissent pour discuter de l’avenir de la gouvernance locale au Nouveau-Brunswick.

Ceux qui ont réussi, comme la région de Kedgwick ou de Tracadie-Sheila pour ne nommer que les plus récents, l’ont réalisé au bout de leurs bras parfois meurtris par l’exercice. Dans le cas de Petit-Rocher, s’il y avait eu une structure en place pour favoriser le passage d’une ancienne structure de gouvernance locale à une nouvelle, le maire de Petit-Rocher, Luc Desjardins, aurait sans doute eu moins de difficulté à faire passer le projet de regroupement de sa région: la volonté manifeste du gouver-nement provincial de passer à une nouvelle structure de gouvernance locale aiderait les intervenants sur le terrain qui cherchent à l’implanter.

Quand le gouvernement responsable des districts de services locaux (DSL) laisse entendre par son inaction que les structures actuelles sont viables, il encourage le statu quo. Or, comme le faisait remarquer l’auteur du rapport sur la réforme de la gouvernance locale, Jean-Guy Finn, nous entretenons des structures de gouvernance locale dépassées, désuètes et inefficaces.

Bien sûr, la hausse des impôts fonciers pour de nombreux habitants de la nouvelle ville amalgamée  de Tracadie a eu un retentissement bien au-delà de ses frontières. Au moment où les gens de la région de Petit-Rocher considérait la proposition de regroupement, les échos sur l’augmentation de l’impôt foncier à Tracadie n’a sûrement pas aidé à convaincre la population de la région de Petit-Rocher de franchir le pas.

On le sait depuis le début, la question de la taxation reste probablement le point le plus sensible, le plus délicat à négocier pour effectuer une transition vers le regroupement des territoires.

Devant cette évidence, on peut s’étonner que le gouvernement de Fredericton ne lève pas le petit doigt pour inciter les citoyens à mettre en œuvre une nouvelle forme de gouvernance locale.

Si le gouvernement provincial souhaitait encourager le regroupement des communautés en gouvernement local, il pourrait investir dans un programme d’incitatifs à la municipalisation du territoire. Une forme d’aide financière aux nouvelles municipalités pour les aider à éviter le choc des augmentations d’impôts fonciers aiderait certainement à accélérer le processus de transition vers les nouvelles structures de gouvernance, puisque c’est la taxation qui constitue la principale embûche au regroupement des communautés rurales de notre province.

Tant le gouvernement actuel que le précédent ont insisté sur l’importance de l’engagement citoyen en ce qui a trait au développement de la province. Si l’intention est bonne, l’action qui permettrait un changement de mentalité est douloureusement absente.