À quand le réveil rural?

 

Au Canada, seule l’Île-du-Prince-Édouard compte une proportion plus forte que le Nouveau-Brunswick où sa population vit en région rurale. Jusqu’au recensement de 1996, la majorité de la population de notre province vivait en région rurale. Ce n’est que depuis le recensement de 2006 qu’une faible majorité de notre population vit en région urbaine, selon les données compilées par Statistiques Canada.

On considère souvent que la Saskatchewan est une province rurale, elle qui ne compte que trois centres urbains pour une population légèrement supérieure à un million d’habitants depuis le recensement de 2011. Pourtant, il n’y avait en 2011 que 33 % de sa population vivant en région rurale, alors que la même année au Nouveau-Brunswick 48 % de sa population habitait en région rurale.

En vertu de cette réalité démographique bien documentée, depuis dix ans nous avons exhorté à plusieurs reprises le gouvernement du Nouveau-Brunswick de se doter d’une politique de développement rural. Trois gouvernements (Graham, Alward et maintenant Gallant) se sont succédés depuis cet appel initial à adopter une politique de développement rural. Jusqu’à maintenant, rien n’a bougé, nous n’avons toujours pas cette politique qui, étant donné notre situation démographique, nous semble non seulement pertinente mais prioritaire.

Mais le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’est pas le seul à négliger de la faire. Nos voisins, au Québec, ont une politique de développement rurale, mais les ressources qui y sont consacrées diminuent dans le contexte des compressions budgétaires imposées pour tenter d’accéder à l’équilibre budgétaire.

En 2009, la Fédération canadienne des municipalités, dans un document intitulé Canada rural: la vision et la voix nationales qui s’imposent, avait lancé un vibrant appel au gouvernement fédéral pour établir un plan à long terme menant à «un engagement durable, horizontal, coopératif et bien financé à l’égard du Canada rural, afin d’en assurer la vigueur et la viabilité aujourd’hui et dans l’avenir.»

Il y a bien eu au Canada une initiative en ce sens avec l’établissement du Partenariat rural du Canada, mais dans la vague de compressions budgétaires, le Partenariat rural a disparu en 2013.

Chez nous, au Nouveau-Brunswick, au Nord comme au Sud, on entend de plus en plus de toutes les régions rurales de la province que le gouvernement s’attaque au monde rural, notamment en coupant des services et des infrastructures.

La question qui s’impose: le gouvernement du Nouveau-Brunswick a-t-il baissé les bras quant au développement des régions rurales?

On nous citera sans doute le programme d’aide pour le Nord qui vise le développement des infrastructures stratégiques dans lequel une centaine de millions doivent être injectés. Mais la stratégie adoptée ou à adopter par le gouvernement correspond-t-elle aux besoins criants des régions rurales?

Plus de 350 mille citoyens de la province vivent en région rurale. C’est un segment trop important de la population de la province pour les laisser en plan.

Dans sa volonté de créer de l’emploi au Nouveau-Brunswick, le gouvernement Gallant a institué, comme il s’était engagé à le faire en campagne électorale, un conseil de l’emploi, présidé par le premier ministre lui-même. Comme on le sait, le but de ce conseil est de vérifier si dans ses décisions à plusieurs paliers le gouvernement a tout fait en son pouvoir pour favoriser les retombées en emploi dans les initiatives dans lesquelles il s’engage.

Ce ne serait pas sorcier que d’établir un conseil ministériel du développement rural pour s’assurer que le gouvernement, en autant que faire se peut, favorise des initiatives propices au développement des régions rurales.

Il est impératif de garder le développement des régions rurales en priorité dans une province comme la nôtre. Ignorer les régions rurales, c’est ignorer les besoins de la moitié de la population. Il est difficilement concevable de retrouver la voie de la prospérité si on en écarte les régions rurales.