Mieux tard que jamais

Il y a deux ans, la commission sur la délimitation des circonscriptions électorales du Nouveau-Brunswick déposait son rapport final sur le redécoupage des circonscriptions électorales de la province. On se rappelle que le rapport avait déçu énormément de gens partout au Nouveau-Brunswick, en particulier certaines régions de la province, comme Memramcook, lésées dans leur droit à une représentation effective des communautés linguistiques officielles ou à une reconnaissance des communautés d’intérêts, comme à Beresford.

Ni la commission ni le gouvernement Alward n’avaient reconnu, sauf pour quelques exceptions mineures, le bien-fondé des revendications des régions qui appelaient la commission à reconnaître leur droit à une représentation effective ou aux communautés d’intérêts.

On s’en étaient tenus presque strictement à refondre la carte électorale en vertu du quotient électoral.

Dans un tel contexte, il était écrit dans le ciel que des intervenants allaient contester la décision  de la commission et du gouvernement au pouvoir au dépôt du rapport.

Deux individus, Léo Comeau de Néguac et Conrad LeBlanc de Memramcook, et deux organismes provinciaux, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) et l’Association francophone des municipalité du Nouveau-Brunswick (AFMNB) avaient donc relever le défi de défier devant les tribunaux les décisions qui avaient été prises, sans réellement considérer les deux principes évoqués plus tôt.

Le gouvernement Gallant a invité les parties à s’asseoir à la table de négociation pour dénouer l’impasse. Jeudi, on apprenait qu’il était arrivé à une entente avec la SANB et l’AFMNB, avec l’accord de messieurs Comeau et LeBlanc, impliqués dans la poursuite.

Si l’entente intervenue est un pas dans la bonne direction, en ce sens que le projet de loi déposé par le gouvernement Gallant devrait prévenir que cela ne se répète à l’avenir, il reste que la carte électorale définie en 2013 demeure en place. C’est compréhensible: refondre à nouveau la carte électorale pour respecter les principes de représentation effective des communautés linguistiques et des communautés d’intérêts aurait impliqué de tenir des élections pour élire les députés des nouvelles circonscriptions.

L’envers de la médaille, toutefois, consiste à devoir attendre une décennie avant que les injustices inhérentes à la carte actuelle ne soient corrigées.

L’entente présente l’avantage, cependant, d’épargner temps et argent, tant à la communauté acadienne qu’au gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Il reste que nous n’aurions jamais dû en arriver là. Durant l’exercice de consultation et de revendication des droits à la représentation effective et aux communautés d’intérêts, nous avons eu droit à des déclarations plutôt surprenantes, comme celle de la coprésidente francophone de la commission qui avait déclaré que la langue n’avait pas d’affaire dans la refonte de la carte électorale. C’était renier des principes qui avaient pourtant été reconnus par les tribunaux, notamment ici au Nouveau-Brunswick dans l’affaire de la redéfinition des limites de la circonscription fédérale d’Acadie-Bathurst.

Mais comme l’a signalé la députée Madeleine Dubé, il y a une certaine ironie dans toute cette histoire : les députés de l’opposition libérale avaient voté avec le gouvernement l’adoption de cette nouvelle carte électorale, malgré ses carences évidentes.

En fin de compte, ce qui compte c’est que les prochaines générations devraient, elles, voir les principes de la représentation effective et des communautés d’intérêts être respectés lorsque viendra le temps de refondre les circonscriptions électorales du Nouveau-Brunswick. Mieux vaut tard que jamais.