Les citoyens désappointés

Au dernier sondage trimestriel de Corporate Research en mars, six mois après son élection le taux d’approbation du gouvernement Gallant dépassait d’un point la barre des cinquante pour cent. Le prochain sondage, qui devrait être dévoilé ces jours-ci, risque fort de ne pas être aussi reluisant. Après le budget et les annonces qui en ont découlées, la liste de groupes de citoyens mécontents, frustrés ou éberlués s’est allongée.

Commençons par le monde de l’éducation. C’est compréhensible, les enseignants, tant francophones qu’anglophones, avaient très mal accueilli l’intention du gouvernement de supprimer plus de trois cent postes d’enseignants. Puis, comme vous l’avez lu hier, les enseignants francophones de la province ont décidé de se faire entendre par les tribunaux sur la question du financement de l’école francophone.

La Commission sur l’école francophone au Nouveau-Brunswick avait clairement démontré que les besoins de celle-ci nécessitaient un financement additionnel, tant pour rattraper le retard par rapport à l’éducation en anglais dans la province, que pour jouer adéquatement son rôle de construction identitaire des élèves francophones de la province. Un comité d’experts, dont faisait partie le ministre de l’Éducation actuel, Serge Rousselle, avait d’ailleurs observé dans son rapport ce qui suit: «nous sommes convaincus que, compte tenu des besoins particuliers de l’école francophone, la mise en œuvre de l’ensemble des mesures proposées et les investissements qui en découlent sont nécessaires afin de mettre fin aux inégalités historiques et aux insuffisances systémiques en matière d’éducation en vue de favoriser pleinement le développement et l’épanouissement de la communauté francophone de la province.»

Le ministre Rousselle a bien annoncé vendredi dernier l’ajout d’un million de dollars à l’enveloppe égalitaire pour le financement de l’école francophone au Nouveau-Brunswick, portant le montant total à deux millions et demi de dollars par année. Mais c’est bien loin des 11,5 millions que recommandait un rapport de l’économiste Pierre-Marcel Desjardins.

Et puis, toujours en éducation, l’Association francophone des parents du Nouveau-Brunswick a publiquement démontré son insatisfaction en ce qui a trait aux compressions de postes d’enseignants, convaincus qu’ils sont de l’impact négatif qu’aura cette compression de postes sur la qualité de l’éducation dans les écoles publiques de la province.

Les garderies privées de la province constituent un autre groupe important, déçu de la décision du gouvernement, quand elles ont appris que l’octroi d’une subvention de cinq dollars l’heure au salaire des éducatrices ne serait plus versée à celles qui sont également propriétaires de la garderie.

Les citoyens aînés de la province se questionnent aussi sur la décision de s’en prendre à leurs épargnes, quand ce n’est pas à leurs revenus de pension et de placements. L’appel du gouvernement aux aînés les plus à l’aise pour qu’ils contribuent davantage aux coûts des soins en foyers est légitime, mais elle n’est pas nécessairement bien acceptée.

Tous ces groupes et leurs sympathisants forment quand même une proportion importante de la population de la province. C’est pourquoi il serait surprenant que le taux d’approbation du gouvernement Gallant se maintienne là où il se situait au sondage de février de Corporate Research.

Pour chacune de ses décisions, cependant, le gouvernement a offert le raisonnement qui a motivé les décisions impopulaires qu’il a prises.

Est-ce que les arguments du gouvernement Gallant ont convaincu la population du bien-fondé de ses décisions? C’est, entre autres, ce que nous révélera le sondage imminent qui nous sera annoncé cette semaine ou la semaine prochaine.