Au-delà des excuses

S’il y a une tache noire sur la réputation du Canada à l’échelle internationale, c’est bien celle que nous nous sommes estampée par le traitement que nous, comme Nation, avons infligé aux communautés autochtones du pays.

En 2008, quand le premier ministre Harper a présenté ses excuses aux Premières Nations du pays, au nom de tous les Canadiens, pour la façon dégradante dont les pensionnaires autochtones ont été traités dans des maisons dédiées à « leur éducation », nous avions applaudi le geste, tout en exhortant le gouvernement à ne pas arrêter là.

Durant la même année, la Commission de vérité et de réconciliation du Canada a été formée, présidée par Dr Marie Wilson. Sept ans après la création de cette commission, Dr Wilson a dévoilé hier les 94 recommandations formulées par son organisme pour engager le Canada sur la voie de la réconciliation avec les Premières Nations du pays.

Pendant un peu plus de cent ans, cent cinquante mille jeunes autochtones à travers le pays ont été arrachés à leur famille contre leur gré pour être confiés à des institutions d’éducation «chrétienne», des pensionnats. Le but avoué en 1880 était de faire oublier à ces jeunes leur culture, leur langue et l’histoire des Premières Nations du Canada afin de les intégrer à la société canadienne.

Les faits et les témoignages recueillis par la Commission sont troublants. Hier, à la télévision nationale, une ex pensionnaire a résumé son expérience de jeunesse dans un de ces pensionnats autochtones en ces termes: des années de torture et de tourment.

Terrorisés, certains enfants ont tenté de fuir l’institution qui les avait arrachés à leur famille. Plusieurs ont été retrouvés noyés, d’autres gelés et  recroquevillés les uns contre les autres dans un ultime effort pour résister au froid qui les a tués.

En parlant de l’établissement de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, le premier ministre Harper avait déclaré qu’il espérait que cette commission allait marquer «une étape positive dans l’établissement d’une nouvelle relation entre les peuples autochtones et les Canadiens et les Canadiennes». L’espoir exprimé par le premier ministre était-il authentique? On ne saurait le dire. Ce qu’on peut dire, à la lumière des faits, c’est que les Premières Nations canadiennes sont aujourd’hui aux prises avec les mêmes problèmes auxquels ils faisaient face en 2008. Aucune évolution notable et productive n’a été accomplie au cours des sept ans qui se sont écoulés depuis cette déclaration.

Si nous avons eu d’innombrables reproches à adresser au gouvernement Harper depuis son élection en 2006, en ce qui a trait au dossier des Premières Nations tous les gouvernements qui se sont succédé depuis la fondation du pays n’ont pas été très généreux à l’égard de nos compatriotes. Les communautés autochtones du pays doivent toujours composer avec des problèmes criants de logement, d’approvisionnement en eau potable, d’un système d’éducation déficient au plus haut point.

Si nous avons un reproche à exprimer au premier ministre actuel, c’est de ne pas avoir assuré un suivi rigoureux pour s’assurer que le gouvernement fédéral mette en œuvre des mesures concrètes susceptibles d’améliorer substantiellement les conditions de vie dans les communautés autochtones du pays. «L’étape positive» dont il parlait en 2008 n’a pas été franchie.

La Commission, dès l’introduction de son document de trois cent pages (qui n’est qu’un résumé du rapport final qui sera publié ultérieurement), ne mâche pas ses mots: le Canada est coupable de génocide culturel qui consiste à empêcher un groupe de vivre en tant que tel en saisissant ses terres, en interdisant et en marginalisant sa culture, en empêchant la libre circulation de ses membres et en détruisant ses institutions politiques et sociales, tous des actes commis par les gouvernements successifs du pays. Comme l’a déclaré à la Chambre des communes le député néo démocrate autochtone Roméo Saganash, lui même un survivant des pensionnats, les excuses ne suffisent pas.