L’humeur incertaine du changement

Deux sondages publiés cette semaine, l’un pour le site web iPolitics et l’autre pour le réseau de télévision Global, confirment que la lutte pour le pouvoir aux élections du 19 octobre se fait à trois. Des trois principaux partis, c’est le Nouveau parti démocratique (NPD) qui bénéficie au cours des dernières semaines de la poussée la plus vigoureuse dans les intentions de votes des électeurs canadiens.

Le sondage effectué par Ekos pour le compte de iPolitics est particulièrement intéressant parce qu’il a exploré auprès des répondants plusieurs scénarios.

Mais avant de traiter de ces scénarios, résumons les intentions de vote au pays.

Amalgamant tous les sondages publiés, et distribuant les sièges selon la force respective des partis dans chacune des régions du pays, le site Three Hundred and Eight analyse que si des élections avaient eu lieu la semaine dernière, le Parti conservateur du Canada formerait un gouvernement minoritaire (en remportant 130 sièges), le NPD (104 sièges) garderait, de justesse, le statut d’opposition officielle alors que le Parti libéral du Canada (101 sièges), malgré de remarquables progrès par rapport à l’élection de 2011, resterait le troisième parti en Chambre.

Malgré sa poussée des derniers mois, le NPD n’arrive toutefois pas à percer le plafond de 30 % des intentions de vote des Canadiens, alors qu’aux élections de 2011 il avait joui de l’appui d’un peu plus de 30 % des électeurs qui se sont prévalu de leur droit de vote. Au moment des sondages de la semaine dernière, le NPD mène dans les sondages en Colombie-Britannique (marginalement, avec 28 % des intentons de vote) et au Québec, largement dans cette province avec 36 % (41 % selon un autre sondage) des voix, alors que le Parti libéral trône au sommet depuis bientôt deux ans au Canada Atlantique. Le Parti conservateur du Canada conserve une majorité importante en Alberta et en Saskatchewan, tout en maintenant une mince avance en Ontario (35 %) devant les libéraux (30 %) et les néo démocrates (26 %).

Les bonbons électoraux du dernier budget du gouvernement Harper n’auront donc pas produit l’effet escompté sur les intentions de vote. Il y a des explications pour ces résultats.

En termes de priorité d’investissements, les Canadiens sont d’avis que le gouvernement fédéral devrait accorder la priorité au renouvellement des infrastructures, alors que les rabais d’impôts se retrouvent au quatrième rang des initiatives prioritaires privilégiées par les électeurs canadiens.

Ekos a aussi demandé aux répondants s’ils étaient prêts à considérer un vote stratégique visant à défaire le gouvernement Harper. La proportion des électeurs qui se disent prêts à voter en ce sens se situe à 59 %, contre 38 % des électeurs qui ne sont pas prêts à voter stratégiquement pour chasser le premier ministre Harper du pouvoir.

Comme il est pratiquement assuré que le prochain gouvernement sera minoritaire (et 61 % des électeurs pensent que ce sera le cas), Ekos a demandé aux Canadiens s’ils favorisent un gouvernement de coalition. Une majorité claire (61 %) des répondants souhaiterait voir un gouvernement de coalition; 56 % sont en faveur d’une coalition dirigée par le chef libéral Justin Trudeau contre 35 % qui préfèrerait un gouvernement conservateur minoritaire, alors que 51 % favoriseraient une coalition menée par le chef néo démocrate, Thomas Mulcair, dans lequel cas 39 % des électeurs Canadiens voudraient garder un gouvernement conservateur minoritaire.

Après neuf ans d’un gouvernement dirigé par Stephen Harper, la majorité des électeurs entretient une volonté de changement. Seulement 36 % des Canadiens souhaitent voir Stephen Harper rester au pouvoir. Pour le moment, cependant, cette volonté est vacillante: les Canadiens ne sont pas encore décidés lequel des partis d’opposition leur semble le plus apte à diriger les destinées du pays.

Plus nous avançons vers le 19 octobre, plus la course au pouvoir est serrée. La campagne électorale sera donc non seulement intéressante, mais déterminante pour l’issue ultime du scrutin le soir du 19 octobre.