Le recul difficile

L’article du journaliste David Caron, dans notre édition d’hier, nous ramène au dossier de l’échange et du contrat qu’a signé le gouvernement du Nouveau-Brunswick avec le géant des petits fruits, Oxford Frozen Foods. Il ramène aussi en avant-plan la politique de gestion des forêts publiques du Nouveau-Brunswick. Les deux ententes ont été fortement critiquées, pratiquement pour des raisons de même nature.

Les citoyens et les électeurs sont en droit de s’attendre à ce que le gouvernement qu’ils ont élu soit de leur bord, qu’il défende leurs intérêts. Tant dans le cas de l’entente avec Oxford que dans le cas de la nouvelle politique de gestion des forêts publiques du Nouveau-Brunswick, les producteurs indépendants de bleuets et les propriétaires de lots boisés sont généralement d’avis que le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a pas su protéger leurs intérêts. Non seulement ils croient que leurs intérêts n’ont pas été protégés, ils sont convaincus que ces deux ententes étaient carrément conçues pour promouvoir ou du moins pour favoriser les intérêts de la grande entreprise, au détriment des petits producteurs indépendants.

Dans les deux cas, les producteurs indépendants se sont retrouvés avec la courte paille : ils sont laissés à eux-mêmes pour la mise en marché de leurs produits, laissés dans une position difficile en ce sens qu’ils n’ont pratiquement plus de force de négociation tant avec l’empaqueteur de petits fruits que les moulins à bois de province.

Dans le cas des petits fruits, si Oxford Frozen Foods avait bénéficié seulement d’avantages et d’incitatifs financiers pour construire une usine en lien avec la création d’emplois de la construction d’une usine d’empaquetage, les producteurs indépendants auraient gardé un levier de négociation en étant ceux auprès de qui l’usine aurait dû s’approvisionner. Mais en échangeant des terres de la Couronne sur lesquelles Oxford peut bâtir son approvisionnement, sans avoir à se soucier de l’approvisionnement auprès des petits producteurs privés de la région, la société néo-écossaise peut monter une exploitation intégrée en cultivant les terres consenties par la province, amoindrissant ainsi la dépendance qu’aurait pu avoir l’usine sur l’approvisionnement des producteurs indépendants.

Même scénario pour le bois des terres de la Couronne. Alors qu’auparavant les propriétaires de lots boisés étaient en partie protéger par l’obligation des détenteurs de licences de s’approvisionner auprès d’eux. Dans la nouvelle politique de gestion des forêts publiques, cette obligation est absente, laissant aussi les propriétaires de lots boisés sans levier de négociation avec la grande industrie.

Bien qu’un nouveau parti soit au pouvoir, le gouvernement Gallant est lié aux ententes qui ont été signées par l’administration Alward: dans les deux cas, ce sont des contrats qui ont été signés entre des entreprises privées et le gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Parce que ce sont des contrats qui lient le gouvernement à des entreprises privées, on ne connaît pas toutes les dispositions de ces contrats qui, semble-t-il, comportent des clauses de confidentialité.

Il reste toutefois que dans les deux cas, les producteurs indépendants n’ont pas été consultés sur les contrats précis que le gouvernement s’apprêtait à signer. En n’étant pas consultés, les producteurs n’ont pu exposer aux autorités politiques et administratives l’impact que pouvait avoir sur leur viabilité les ententes signées avec les grands producteurs forestiers et le géant des petits fruits.

Il reste maintenant à voir concrètement si ces ententes rendront effectivement difficile la viabilité des exploitations des producteurs indépendants. Tout semble indiquer que oui, mais pour le moment, étant donné que nous sommes encore dans les premiers mois de ces ententes, l’impact n’a pas encore été documenté. Il ne faudrait cependant pas attendre que les producteurs indépendants soient acculés à la faillite avant d’instaurer des mesures correctives. Il reste un avantage aux producteurs indépendants : l’opinion publique est de leur côté, incitant ainsi le gouvernement à les protéger contre un déclin irréversible de leurs entreprises.