Un recul sans surprise

Comme nous l’avions anticipé la semaine dernière, le gouvernement Gallant en prend pour son rhume dans les intentions de vote des électeurs du Nouveau-Brunswick: l’appui au Parti libéral du premier ministre Gallant a chuté de 16% en trois mois, une chute d’appui qui bénéficie principalement au Nouveau parti démocratique de Dominic Cardy. Les troupes conservatrices, dirigées par Bruce Fitch, font du surplace, et ça s’explique.

Pourtant, malgré le message répété tout l’hiver que tout était sur la table en se référant aux compressions budgétaires nécessaires pour retrouver l’équilibre fiscal, en février le sondage de Corporate Research révélait que le gouvernement Gallant bénéficiait de l’appui de 54% des électeurs. Le message n’avait donc pas effarouché les électeurs de la province.

Force est donc de constater que c’est l’approche à ces compressions, privilégiée par le gouvernement Gallant, que rejette l’électorat du Nouveau-Brunswick. Le budget présenté à la fin mars n’a pas reçu l’assentiment des électeurs. On ne peut que l’expliquer que par les choix arrêtés par le gouvernement qui, tout en touchant une proportion importante de la population, n’a pas réglé la situation budgétaire du gouvernement du Nouveau-Brunswick : le déficit anticipé frise le demi milliard de dollars.

Si vous avez suivi les sessions de consultation sur la révision stratégique des programmes, vous êtes sans doute arrivés à la même conclusion que nous : les contribuables de la province se sont mobilisés pour offrir au gouvernement des pistes de solutions au défi budgétaire de la province, un défi qu’ils prenaient non seulement au sérieux mais dans lequel ils étaient prêts à s’investir. En voyant les mesures du budget, dévoilé à la fin du mois de mars, les contribuables ne s’y sont pas retrouvés : elles ne correspondaient pas aux attentes exprimées durant la ronde de consultations sur la révision stratégique des programmes.

Le chef du Nouveau parti démocratique du Nouveau-Brunswick, Dominic Cardy, est bien sûr très heureux du bond important de son parti dans les intentions de vote des électeurs de la province. Des seize points perdus par le Parti libéral, le NPD du Nouveau-Brunswick en a récupéré quatorze. Les gains des verts et des conservateurs se sont limités à un point chacun, au détriment des libéraux du premier ministre Gallant.

M. Cardy, c’est normal, attribue le bond de popularité aux politiques de son parti. C’est possible. Mais en regardant le taux d’insatisfaction à l’endroit du gouvernement Gallant, qui est passé de 24 pour cent à 50 pour cent, il est raisonnable de croire que cette insatisfaction est le moteur principal du bond du NPD dans les intentions de vote. Ce n’est pas un appui à ses politiques, à notre avis, mais plutôt un rejet de la politique du gouvernement au pouvoir.

Quant au surplace du Parti progressiste conservateur, voici ce qui pourrait l’expliquer : malgré le rejet quand même assez important d’une bonne proportion de l’électorat aux dernières élections, le parti de M. Fitch a continué à marteler les mêmes politiques, les mêmes énoncés que ceux qu’ont rejetés les électeurs aux élections de l’automne dernier. On ne peut pas s’attendre à des résultats différents quand la recette offre le même plat…

Avancer immédiatement que nous allons voir un autre gouvernement ne tenir qu’un mandat au pouvoir est tentant. Certains observateurs ont déjà franchi ce pas. Les résultats du sondage d’hier tendent à leur donner raison.

Il faut cependant tenir en ligne de compte que le gouvernement Gallant en est à sa première année. Il lui reste tout le temps nécessaire pour reconquérir l’appui de l’électorat. Pour ce faire, toutefois, il devra démontrer à l’électorat qu’il comprend ce qui lui tient à cœur. Et pour le comprendre, le gouvernement devra améliorer son écoute des commentaires de la population sur les décisions qu’il prend. Cet hiver, ce ne fut pas le cas. Le gouvernement a plutôt demandé à la population de comprendre ses décisions, ce qu’elle n’a visiblement pas fait.