Irresponsable

Le Forum de concertation des organismes acadiens a déclaré la guerre à la présidente de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Jeanne d’Arc Gaudet. En agissant de cette manière, il a entaché l’autorité et la crédibilité de Mme Gaudet, mais aussi celle de l’organisation qu’elle dirige. Un geste irresponsable qui pénalise la société civile acadienne dans son ensemble.

Le forum de concertation comprend une trentaine d’organisations acadiennes très diverses. Les artistes, le monde de l’éducation, les aînés, les jeunes, les juristes, les municipalités, les gens d’affaires et bien d’autres possèdent tous une ou des voix au sein de cette structure dont fait aussi partie la Société de l’Acadie du N.-B. (SANB).

On devine que des associations aussi diverses les unes des autres doivent avoir parfois du mal à s’entendre sur les objectifs et la façon de les atteindre. Néanmoins, la décision du forum de larguer la bombe atomique sur la présidence de la SANB est une surprise.

Pour les observateurs de l’extérieur, rien ne laissait présager une telle chose. La SANB n’a pas fait les manchettes pour les mauvaises raisons au cours des derniers mois. Le règne de Mme Gaudet n’a pas été marqué par des controverses à répétition, du moins pas publiquement.

Que s’est-il donc passé pour que le lien de confiance soit brisé à ce point?

Selon Jacques Verge, président du forum, Mme Gaudet agit comme une dictatrice. Elle n’est pas à l’écoute des autres membres du forum et ne les consulte pas suffisamment. On l’accuse de s’approprier des dossiers qui devraient plutôt être menés par d’autres organisations (comme l’Association francophone des municipalités du N.-B, par exemple).

Une partie du blâme revient à Jeanne d’Arc Gaudet, qui n’a su voir venir les coups. Son style de gestion irrite au plus haut point les porte-parole et dirigeants d’une majorité des organismes membres du forum de concertation. Or, elle ne s’en est jamais aperçue, ou encore a choisi délibérément d’ignorer les voyants d’alerte qui clignotaient devant elle. Ce qui aurait pu être une tempête dans un verre d’eau a fini par devenir une crise qui ébranle les fondements de la SANB.

Disons les choses comme elles le sont: nous sommes ici dans le domaine du conflit de personnalités. Rien de ce qui est reproché (du moins publiquement) à Jeanne d’Arc Gaudet n’est préjudiciable à l’Acadie. Il s’agit plutôt d’une lutte de pouvoir afin de déterminer qui peut parler au nom de qui. Cela aurait pu et aurait dû être réglé à l’interne.

Au lieu de cela, les conséquences de ce mélodrame se feront sentir à long terme. La Société de l’Acadie du N.-B. n’est légitime que par son assemblée générale annuelle (qui n’attire généralement pas les foules), l’importance que lui donne la population en tant que porte-parole et défenseur de ses aspirations, ainsi que le sérieux que lui accordent les dirigeants politiques. En fin de semaine, le premier ministre Brian Gallant, le ministre des Finances Roger Melanson et le chef du NPD Dominic Cardy avaient tous annoncé leur présence à l’AGA. La SANB leur a recommandé à la dernière minute de se décommander. On comprend pourquoi.

De même, le premier ministre participe chaque année à un tête-à-tête avec le dirigeant de la SANB (généralement autour du 15 août). Cette rencontre aura-t-elle encore lieu? Et si oui, dans ces circonstances, quelle crédibilité aura la présidente devant le premier ministre?

Jeanne d’Arc Gaudet n’a pas à démissionner. Le forum de concertation ne peut renverser le vote légitime d’une assemblée générale. Elle a d’ailleurs choisi de rester en poste et de se battre. C’est tout à son honneur.

Cela dit, elle n’aura sans doute pas le choix de se résoudre à cette éventualité.

La motion de censure a reçu l’appui de 12 organismes, alors que neuf autres se sont abstenus. Personne n’a donc voté en faveur de Mme Gaudet. Il lui sera très difficile de mener à bien les dossiers linguistiques alors que tous savent à quel point son leadership est désormais contesté.

Le Forum de concertation des organismes acadiens finira par avoir gain de cause. Mais les dommages qu’il a causés à la Société de l’Acadie du N.-B. seront très longs à réparer.