Pour des miettes

Le programme de compressions budgétaires lancé par le gouvernement libéral de Brian Gallant a une triste conséquence, soit le retour en force des rivalités régionales. Bien que celles-ci ont toujours existé, il n’y a pas de doute que plusieurs d’entre elles ont gagné en intensité au cours des derniers mois.

Face à un déficit budgétaire qui frôle les 500 millions $ et avec la volonté de respecter des promesses électorales d’une valeur de plus de 1 milliard $, le premier ministre Gallant a choisi de réviser les dépenses de son gouvernement. Des programmes ont été éliminés, des dépenses ont été gelées ou réduites et des fermetures ont été annoncées.

Les annonces se sont multipliées au cours des dernières semaines.

Une cour de justice sera déménagée de Grand-Sault à Edmundston, des bureaux de Service NB seront fermés à Saint-Léonard et à Saint-Quentin, des études de viabilité sur l’avenir d’écoles ont été lancées, etc. Cette situation a eu pour effet d’exacerber les rivalités.

Sans nous lancer dans une grande analyse sociologique sur les raisons qui divisent les petites localités de certaines régions, nous savons qu’historiquement, la présence d’une ville centrale d’une certaine importance a tendance à limiter les guerres de clocher.

Les petites communautés qui composent les régions rurales acadiennes doivent trop souvent se contenter de miettes de la part des gouvernements. Les citoyens de ces régions ont appris qu’ils doivent se battre pour conserver leurs maigres acquis, surtout dans un contexte de décroissance de la population.

La fermeture d’un bureau de Service NB à Moncton, par exemple, ne résulterait pas en une manifestation. La perte d’un service au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont serait certainement mal vue, mais ne serait pas interprétée comme une menace à la survie même de l’hôpital, comme c’est le cas à Caraquet, à Tracadie, à Saint-Quentin, à Dalhousie ou à Grand-Sault.

Il ne faut donc qu’une petite étincelle – la fermeture d’un bureau gouvernemental ou la possibilité qu’une école ferme ses portes, par exemple – pour que de vieilles rancoeurs reviennent à la surface.

Le gouvernement provincial a une responsabilité en rapport avec les derniers événements. Son manque de communication et son intransigeance sont responsables de cette situation. La situation dans le Restigouche-Ouest est particulièrement frappante. Pourquoi Fredericton a-t-il choisi de fermer le bureau de Service NB de Saint-Quentin? Impossible de le savoir. Les gens de Saint-Quentin rappellent que leur bureau est plus achalandé que celui du voisin. À Kedgwick, on soumet que le bureau est central et qu’il y a plus d’espace pour accueillir les clients de toute la région. De même, les citoyens affirment avoir déjà payé en 2013 avec la fermeture du bureau des Ressources naturelles, décrétée par le gouvernement Alward. Un bureau qui avait été fermé… au profit de celui de Saint-Quentin.

Kedgwick est considérée libérale, alors que Saint-Quentin pencherait plutôt du côté conservateur. Les gouvernements prennent des décisions qui semblent ne s’expliquer que sous cet angle. Voilà qui est très malsain et qui donne tous les signes d’une politique de division.

En l’absence d’explications logiques du gouvernement en place, ces deux communautés en sont réduites à vivre une situation où c’est du «chacun pour soi». Bonsoir la solidarité régionale!

Le même phénomène se vit dans la Péninsule acadienne. Des citoyens de Caraquet réclament l’embauche d’un technicien en ultrasons, mais dénoncent la mise en place d’une troisième unité d’échographie à l’hôpital de Tracadie.

À l’inverse, le service de mammographie n’est plus offert à Tracadie car un appareil numérique à la fine pointe de la technologie a été installé à Caraquet. Chaque décision comme celles-ci est accueillie avec un mélange d’incompréhension et d’inquiétude dans les populations touchées et est interprétée comme la preuve qu’une épée de Damoclès reste suspendue au-dessus de leur hôpital respectif.

Et encore, nous n’avons peut-être rien vu. S’il fallait que le District scolaire franco-phone Nord décide, dans les prochaines années, de fermer une polyvalente ou une école élémentaire au profit d’une autre située quelques kilomètres plus loin…

Il est probablement impossible d’éliminer pour de bons les chicanes de clocher qui nuisent pourtant tellement à l’essor de nos communautés. N’empêche, le gouvernement a un rôle à jouer afin d’éviter que ses décisions ne divisent encore plus les régions même si, par définition, des compressions budgétaires resteront toujours impopulaires. Les députés et les ministres doivent mieux prévoir l’impact de leurs actions et prendre le temps de les justifier encore et encore afin qu’elles n’aient pas l’air arbitraires ou teintées de partisanerie.

Il est possible de gouverner sans diviser. Encore faut-il essayer.