La recette d’un «miracle»

Les paroissiens de Bas-Caraquet ont réussi l’impossible. Ils ont convaincu l’évêque d’infirmer une décision qui était coulée dans le béton. Leur église ne sera pas fermée. Même s’il faudra trouver encore beaucoup d’argent pour que l’épée de Damoclès cesse définitivement de flotter au-dessus de ce grand édifice, le fait demeure que son avenir est soudainement beaucoup plus radieux.

À Bas-Caraquet comme ailleurs, nous étions plusieurs à croire que le comité de sauvegarde s’était donné une mission impossible. Comment un village comptant à peine 1300 citoyens pourrait-il recueillir les centaines de milliers de dollars nécessaires à la restauration de l’église tout en poussant l’évêque de Bathurst à changer d’idée? Souvenons-nous de cette déclaration de Mgr Daniel Jodoin citée dans les pages de l’Acadie Nouvelle en novembre 2013: «Ramasser deux ou trois millions, à moins d’un miracle, je ne vois pas». Le sort en était jeté.

Et pourtant. Il y a quelques jours, l’évêché a envoyé une lettre que le comité de sauvegarde voudra sans doute conserver précieusement. Elle confirme que celui-ci peut aller de l’avant avec les travaux de rénovation. L’idée de fermer l’église définitivement, de la démolir, de la vendre pour 1 $ ou de transformer le presbytère en lieu de prière est renvoyée aux calendes grecques.

Pour y arriver, le comité de sauvegarde, désormais mené par Lucie LeBouthillier, a dû se battre sur deux fronts.

Il a d’abord dû remporter la bataille de l’opinion publique. Ce n’était pas aussi évident que ça en avait l’air. Rappelons-nous qu’à la même époque l’an dernier, le diocèse rendait public un sondage révélant qu’une bonne partie de la population croyait que sauver l’église de Bas-Caraquet n’était pas une option réaliste et qu’il fallait peut-être se résigner à sa fermeture au profit d’un autre établissement de prière plus petit et surtout moins coûteux.

L’autre bataille, évidemment, a été celle du financement. Le diocèse de Bathurst a rapidement fait comprendre à tous qu’il n’est pas riche et qu’il est hors de question qu’il paie pour les réparations visant à rendre sécuritaire l’église de Bas-Caraquet.

Le coût de l’entretien et des réparations était alors évalué à 3,3 millions $ sur sept années.

De son côté, le comité évalue plutôt les coûts à 1,2 million $. Il faut dire que les deux parties ne s’entendent pas sur l’ampleur des rénovations à apporter. C’est sans compter les frais récurrents, comme la facture de chauffage (environ 150 000 $ par an, selon l’évêché).

Cela dit, peu importe la formule de calcul, un fait demeure: la somme à payer sera importante.

Or, la population a amassé 460 000 $. Des réparations évaluées à 80 000 $ ont permis de parer au plus urgent, l’an dernier, et de rouvrir l’église qui avait été condamnée. Les citoyens ont pris les choses en main et l’avenir de l’édifice centenaire s’annonce désormais plus rose.

La leçon à retenir est simple. Pour sauver une église, il faut une population solidaire et surtout une population qui est prête à payer la facture. Les bottines doivent suivre les babines. L’argent ne viendra pas du diocèse, de Fredericton, d’Ottawa ou du Vatican, mais bien des paroissiens.

Il est important de s’en souvenir puisque d’autres paroisses devront faire des choix déchirants. Au début de l’année, l’évêque Jodoin a en effet fait une autre déclaration importante dans les pages de l’Acadie Nouvelle: «Il y aura 56 Bas-Caraquet. J’ai 56 paroisses et elles vont toutes arriver au même problème.»

Les églises coûtent cher à entretenir et à chauffer. Elles se vident à vue d’oeil. Les revenus des paroisses stagnent (au mieux) ou sont à en forte baisse. Il n’y a pas suffisamment de curés pour présenter des messes dans chaque église chaque semaine. Ceux-ci vieillissent et la relève est inexistante. Bref, les problèmes ne manquent pas et la quête du dimanche matin ne suffira pas à les faire disparaître.

D’autres églises seront bientôt condamnées. Si les citoyens de Bas-Caraquet nous ont appris quelque chose, c’est que les temples qui éviteront le couperet seront ceux qui compteront sur des fidèles déterminés et surtout prêts à payer de leur poche pour la survie de leur patrimoine religieux.

Tous n’y arriveront pas.