Parlez-vous!

Le gouvernement du N.-B. injecte chaque année la somme de plus de 1 milliard $ dans le système de santé, de loin son plus important poste budgétaire. Une grande partie des impôts et taxes que nous payons servent à financer les salaires des médecins, des infirmières, à gérer des hôpitaux, offrir des services spécialisés, soigner nos blessures, traiter nos maladies… et bien plus encore.

Le budget de la santé est en forte croissance depuis des années, au point où les décideurs en viennent à parler ouvertement de fermetures d’hôpitaux pour freiner la hausse des coûts. Dans un contexte de besoins grandissants, mais de ressources limitées, nous serions portés à croire que chaque dollar est dépensé de façon à maximiser l’efficacité du système de santé.

Ce n’est évidemment pas toujours le cas. Là où il y a de la politique, il y a de la partisanerie. Et là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. Il y aura toujours du gaspillage ou des erreurs de bonne foi. Certaines coûtent du temps ou quelques dollars, d’autres des millions de dollars. Il en a toujours été ainsi. L’important est de tout faire pour améliorer le système de santé et s’assurer que le patient soit au coeur des priorités.

Récemment, deux décisions nous ont laissé perplexes.

Le Réseau de santé Horizon a été pressé par le gouvernement provincial d’offrir un service d’interruption volontaire de grossesse. Bien que le réseau francophone Vitalité pratiquait déjà des avortements à Bathurst et au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, le réseau Horizon persistait jusque-là à ne pas offrir ce service.

Le PDG du réseau Horizon, John McGarry, a finalement annoncé que la régie de santé qu’il dirige permettra que des interruptions volontaires de grossesse soient pratiquées au Moncton City Hospital, pourtant situé à quelques pâtés de maisons du CHU Dr-Georges-L.-Dumont. Deux des trois hôpitaux où ont lieu des avortements sont donc situés dans la même ville.

Une enquête de l’Acadie Nouvelle a permis de découvrir que c’est dans la région de Saint-Jean, Fundy et Fredericton que la demande est la plus forte. Ces statistiques proviennent du Réseau de santé Vitalité. Or, quand nous avons présenté ces chiffres au PDG d’Horizon, celui-ci nous a tout bonnement avoué qu’il n’était pas au courant de ces données. Avant de décider, la régie anglophone n’avait pas jugé bon de vérifier auprès de sa contrepartie francophone si elle avait des statistiques pertinentes sur le sujet.

Ce n’est pas tout.

John McGarry a fait un autre aveu déconcertant. On se rappellera que le gouvernement provincial a donné le feu vert pour que l’hôpital de Saint-Jean achète un séquenceur d’ADN, à la suite d’une campagne de financement de la fondation hospitalière de la région. Cette décision a semé la controverse puisqu’il y a déjà un tel séquenceur à l’Institut Atlantique de recherche sur le cancer, basé au CHU Dr-Georges-L.-Dumont. Ce dernier sera mis hors service, ses utilisateurs ne voyant pas la logique de voir deux de ces appareils ultraspécialisés et coûteux en fonction en même temps dans une si petite province.

La controverse a surpris M. McGarry. Il a reconnu cette semaine qu’il ignorait complètement qu’il y avait un séquenceur d’ADN à Moncton. Il a pris la responsabilité de cette erreur, a affirmé être désolé et a tendu la main vers l’Institut Atlantique de recherche sur le cancer afin de trouver une façon de maintenir en activité les deux appareils pour le bien du Nouveau-Brunswick.

Les excuses de M. McGarry semblent sincères. Néanmoins, ils font à nouveau la preuve que les deux réseaux de santé francophone et anglophone ne se parlent peu ou pas du tout. Saint-Jean a engagé des centaines de milliers de dollars dans l’achat d’un appareil sans même vérifier s’il en existait un autre ailleurs dans la province. Le tout, cautionné par le gouvernement provincial!

Il est hors de question ici de réclamer la fusion des deux réseaux de santé, comme l’ont fait d’autres journaux. Nous croyons qu’il est important – crucial même – pour la communauté francophone de posséder son propre espace dans lequel elle peut gérer ses institutions de santé et entreprendre un véritable rattrapage par rapport aux soins déjà offerts du côté anglophone.

Cela ne signifie toutefois pas que les deux entités doivent fonctionner comme s’ils étaient sur deux planètes séparées. Les francophones se rendent dans les hôpitaux anglophones et vice-versa. Nous sommes une trop petite province pour permettre à une régie d’agir comme si l’autre n’existait pas. Elles doivent collaborer, échanger des informations – bref, se parler! – afin de maximiser la quantité et la qualité des soins offerts aux Néo-Brunswickois. C’est au  ministre de la Santé de s’assurer que ses régies ne travaillent pas en vase clos.