La recette d’Edmundston

Pendant que Moncton doit se démener avec des gouvernements qui préfèrent financer «par remplacement» la construction d’un nouveau Colisée et que Richibucto attend toujours de l’aide pour faire renaître son aréna incendié, la Ville d’Edmundston a appris qu’Ottawa est prêt à injecter jusqu’à 7 millions $ dans la construction d’un amphithéâtre. Pourquoi ce qui semble si complexe ailleurs est si simple au Madawaska?

Le ministre fédéral et député de Madawaska-Restigouche Bernard Valcourt a confirmé la part du fédéral lors d’une conférence de presse. Il a été remercié par une ovation qui a duré près d’une minute.

Il faut dire que l’annonce était inespérée, le provincial n’ayant pas encore confirmé sa participation dans ce grand projet évalué à 21 millions $. La ministre Francine Landry (députée de Madawaska-Les-Lacs-Edmund-ston) a reconnu que la balle est dans le camp de son gouvernement.

Comment Edmundston a-t-elle réussi à se positionner au point où plus personne ne doute du fait qu’un nouvel aréna sera bientôt construit, et qui plus est en pleine période de restrictions budgétaires?

D’abord, le financement est bien ficelé. La Ville d’Edmundston a vendu le terrain sur lequel était construit le vieux Forum. L’argent de la vente (1 million $) a été mis de côté. Une campagne permettra de recueillir 2,5 millions $. La Ville fournira un autre 3,5 millions $, ce qui permettra d’assurer le tiers de la somme requise.

Par ailleurs, tout le monde est sur la même longueur d’onde et aucun mouvement d’opposition n’a été mis sur pied, tant au sein de la population qu’au conseil de ville.

Autre point qui joue en faveur d’Edmundston: l’absence d’une équipe de hockey professionnelle ou même de calibre junior. Appelons ça la clause Nordiques. Le fédéral a refusé d’investir dans la construction d’un nouveau Colisée à Québec parce qu’il ne se voyait pas injecter des millions de dollars pour construire un aréna géré par une entreprise milliardaire.

À une moindre échelle, il est permis de croire qu’il refuse de financer directement l’amphithéâtre de Moncton pour des raisons similaires (appui à une équipe de hockey). Or, il n’y a même pas d’équipe de calibre senior à Edmundston. Nous parlons donc bel et bien d’un centre multifonctionnel communautaire, ce qui rassure les décideurs soucieux de leur image à Ottawa.

Ce n’est pas tout.

On l’oublie, mais des décisions importantes prises il y a presque 10 ans ont rendu possible l’annonce de mardi. Après son arrivée au pouvoir en 2006, le gouvernement de Shawn Graham a lancé un vaste chantier en éducation. Le rapport L’Écuyer-Miner a recommandé en 2007 de fusionner les campus régionaux de l’Université de Moncton et de l’Université du N.-B. avec certains collèges commu-nautaires afin de former des polytechniques. La proposition a été décriée et rejetée.

Sauf qu’à Edmundston, des visionnaires ont vu là une opportunité. Le collège communautaire local était vieux et isolé. Ils ont proposé au gouvernement d’en construire un neuf près de l’Université de Moncton, campus d’Edmundston. Sautant sur l’occasion de montrer les bienfaits de la réforme proposée, Shawn Graham a donné le feu vert en 2008 à la construction d’un nouveau CCNB au coût de 35 millions $ sur un terrain voisin de l’UMCE.

La polytechnique n’a jamais vu le jour, mais l’initiative a permis de regrouper les établissements d’enseignement postsecon-daire du Nord-Ouest. De plus, au lieu de construire un gymnase dans le CCNB, Fredericton a invité la Ville d’Edmundston et le gouvernement fédéral à partager le coût de construction d’un Pavillon sportif (6 millions $) utilisé tant par les étudiants du collège que ceux de l’université (et bien sûr ouvert à la communauté).

C’est ainsi qu’a été créée une grappe postsecondaire et sportive (on retrouve en plus à cet endroit un complexe sportif), à laquelle on a donné le nom d’Édupôle. Ainsi, quand l’idée est venue de construire un nouvel amphithéâtre, l’endroit était tout désigné. Ajoutez à cela un ministre (Bernard Valcourt) qui a mangé sa part de coups au nom du gouvernement quand il a défendu la réforme de l’assurance-emploi et à qui Stephen Harper devait donc une faveur ou deux, et tous les éléments sont soudainement en place pour une réussite.

Il sera difficile pour le gouvernement Gallant de justifier des compressions budgétaires majeures dans les services sociaux, d’une part, et d’investir des millions de dollars dans un amphithéâtre, d’autre part. Mais dans les circonstances actuelles, on voit mal comment il pourra se permettre de porter l’opprobre d’avoir torpillé le projet.

Prédiction, la province annoncera très bientôt sa part.

Bien joué, Edmundston.