Une lutte ouverte

Depuis dimanche matin, nous sommes en campagne électorale. Tant les Néo-Brunswickois que les autres Canadiens ont 11 semaines pour déterminer qui est la meilleure personne pour les représenter à la Chambre des communes. Du même coup, ils décideront qui de Stephen Harper, Thomas Mulcair ou Justin Trudeau deviendra premier ministre du Canada.

Il s’agira de la plus longue campagne depuis 1872. À cette époque, il n’y avait évidemment pas de télévision ou de médias sociaux. Les moyens de transport n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Il était plus compliqué de joindre un maximum d’électeurs.

De nos jours, avec les élections à date fixe, les politiciens font campagne de façon officieuse presque une année à l’avance. Le Parti conservateur étant le plus riche, Stephen Harper s’est donné un avantage en déclenchant les élections plus rapidement que prévu. Ses publicités négatives à l’endroit de ses principaux adversaires ont déjà commencé à inonder les ondes.

Sa stratégie pourrait toutefois se retourner contre lui. Onze semaines, c’est amplement suffisant pour Thomas Mulcair ou Justin Trudeau de mieux se faire connaître. Et c’est aussi assez long pour que l’électorat se fatigue des attaques les plus mesquines et les plus partisanes.

Cela dit, il ne faut pas s’attendre à grand chose dans les premières semaines. C’est l’été, le soleil et le beau temps sont enfin au rendez-vous. La plupart des citoyens ont la tête aux vacances, à la plage et au barbecue. Pas exactement le meilleur moment pour nous intéresser aux programmes électoraux. C’est seulement après le congé de la fête du Travail, alors qu’il ne restera plus que quelques semaines avant le scrutin, que les chefs passeront aux choses sérieuses.

Comme à l’habitude, le Nouveau-Brunswick ne sera pas une priorité. Lors des plus récentes élections fédérales, les chefs avaient pratiquement ignoré notre province. Stephen Harper, Michael Ignatieff et Jack Layton s’étaient contentés en 2011 d’y faire chacun un arrêt ou deux. Lors de leurs visites, ils avaient surtout répété le message national de leur parti, au détriment de nos enjeux régionaux et provinciaux.

Cette stratégie n’avait pas empêché les conservateurs de faire des gains majeurs. Huit sièges sur les dix que comptent le Nouveau-Brunswick à Ottawa sont aujourd’hui teintés de bleu, le plus grand nombre de toutes les provinces de l’Est (y compris le Québec!).

Ce ne sont pas toutes des forteresses. Les libéraux, en particulier, sont confiants de faire des gains dans Madawaska-Restigouche (Bernard Valcourt, PC) et Moncton-Riverview-Dieppe (Robert Goguen, PC). Ce n’est pas un hasard si ces deux hommes remuent ciel et terre pour faire accoucher des projets d’amphithéâtre. Et n’oublions pas Acadie-Bathurst, où la retraite de l’invaincu député néo-démocrate Yvon Godin ouvre le jeu. Cette circonscription était historiquement libérale avant l’élection de M. Godin. Il sera intéressant de constater si les citoyens de cette région reviendront à leurs premières amours ou si le NPD a définitivement réussi à s’incruster.

Les luttes intéressantes ne manqueront pas. Néanmoins, Stephen Harper, Thomas Mulcair et Justin Trudeau feront peu ou pas campagne sur les enjeux propres au Nouveau-Brunswick. Vous rêvez en couleurs si vous croyez que ces trois hommes promettront le coeur sur la main de s’attaquer au déséquilibre fiscal dont est victime notre province, qu’ils proposeront des solutions pour contrer l’exode rural vers l’Ouest, qu’ils s’engageront à décentraliser des emplois d’Ottawa vers nos régions ou qu’ils se diront prêts à injecter des centaines de millions de dollars dans l’élargissement de la route 11.

Le Nouveau-Brunswick n’est pas sur l’écran radar des fédéraux (à l’exception, possiblement, de Justin Trudeau, en raison de ses liens bien documentés avec Brian Gallant). À moins de se retrouver dans une situation de lutte extrêmement serrée, où chaque siège compte et peut déterminer quel parti formera le gouvernement ou détiendra la balance du pouvoir, les principaux partis devraient se contenter de nous balancer leurs principales promesses nationales. Ne vous attendez donc pas à les voir faire la ligne pour répondre à la liste d’épicerie soumise par Brian Gallant, il y a deux semaines.

Cela ne signifie pas que les Néo-Brunswickois doivent se désintéresser de cette élection. Des dossiers comme l’économie (qui entre en récession technique), les allocations aux familles, la gestion des finances publiques, les baisses d’impôt et l’avenir du Sénat sont autant de dossiers qui touchent tous les Canadiens, y compris ceux qui habitent notre coin de pays. La campagne électorale s’annonce imprévisible. Bien malin qui peut prédire aujourd’hui le résultat du scrutin du 19 octobre. La bonne nouvelle, c’est que dans une lutte aussi ouverte, nous aurons tous notre mot à dire. Aux candidats de nous démontrer qu’ils méritent notre vote.