Le N.-B. sort gagnant

Dans un débat des chefs où chaque candidat tentait de marquer des points auprès de l’électorat et d’éviter les pelures de bananes, une surprise de taille nous attendait au détour. Le Nouveau-Brunswick a pris une place prépondérante et est, de notre point de vue, l’un des gagnants de ce face-à-face.

Comprenons-nous bien. Le conservateur Stephen Harper, le néo-démocrate Thomas Mulcair, le libéral Justin Trudeau et la chef des verts Elizabeth May n’ont pas débattu pendant une heure de la liste de demandes soumises par le premier ministre Brian Gallant peu avant le début de la campagne. Aucun d’entre eux ne s’est non plus engagé à financer directement la construction de l’amphithéâtre de Moncton, l’élargissement de la route 11 ou à décentraliser des emplois fédéraux dans le nord de la province.

C’était prévisible. Ce qui l’était moins, c’est que chacun des quatre chefs allait à un moment ou l’autre parler directement ou indirectement du Nouveau-Brunswick pour défendre son point ou critiquer un adversaire. Le Nouveau-Brunswick n’est peut-être pas au coeur des priorités des partis fédéraux, mais le hasard a voulu que certains de ses défis ont semblé suffisamment intéressants aux yeux des stratèges politiques pour qu’ils nous utilisent comme exemple.

C’est déjà cela de pris.

Le débat anglophone de jeudi soir, présenté par le magazine Maclean’s et diffusé sur CityTV, Omni et CPAC a donné l’occasion aux participants de débattre de l’oléoduc d’Énergie Est, qui doit permettre de transporter le pétrole albertain jusqu’à la raffinerie de Saint-Jean. Le projet est controversé, en particulier au Québec où il fait face à beaucoup d’opposition. De ce côté-ci de la frontière, par contre, ce n’est pas un secret que le gouvernement Gallant appuie fortement Énergie Est.

Stephen Harper, un ardent défenseur de l’industrie pétrolière, a accusé Justin Trudeau et Thomas Mulcair d’avoir une position différente selon où ils se trouvent. «Vous allez au Canada atlantique (présumément au Nouveau-Brunswick), vous êtes pour, vous allez au Québec, vous êtes contre».

La réplique est venue de M. Trudeau: «M. Harper, vos amis au Nouveau-Brunswick m’ont attaqué sans merci». Il n’a pas élaboré sur l’identité de ces «amis», mais il pourrait s’agir des députés fédéraux conservateurs de la province, qui forment le plus important contingent de cette forma-tion dans l’est du pays.

Encore plus surprenant, le Nouveau-Brunswick est revenu dans l’affrontement, cette fois au moment de débattre… d’impôt!

Lors de son plus récent budget, le gouvernement Gallant a en effet augmenté le taux d’imposition de ses citoyens les plus aisés financièrement. Or, Justin Trudeau a déjà fait savoir que s’il est élu à la tête du Canada, il augmentera lui aussi l’impôt de ce groupe de gens. «Une province comme le Nouveau-Brunswick verra ses citoyens les plus riches imposés à la hauteur de
58,75 %» si le plan Trudeau est mis en place, a dénoncé M. Mulcair.

Le chef néo-démocrate a été encore plus loin, en affirmant que notre province n’a pas de faculté de médecine et qu’elle peinera donc à embaucher des médecins. «Comment le Nouveau-Brunswick pourra-t-il attirer et retenir des médecins s’il doit d’abord leur dire: «Au fait, votre taux d’imposition avoisinera les 60 %»?

Notons ici que l’affirmation de M. Mulcair n’est pas tout à fait véridique. L’Université de Moncton, pour une, forme des médecins à travers un partenariat avec l’Université de Sherbrooke. Le pourcentage de ses diplômés qui choisissent de faire carrière dans nos communautés dépassent les 90 %, ce qui est excellent. N’empêche, le chef du NPD a soulevé un point pertinent.

Ce n’est pas du tout.

Ne voulant pas être en reste, Elizabeth May a profité de sa tribune pour citer en exemple l’élection du chef du Parti vert provincial, David Coon, à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.

Évidemment, rien de tout ça n’aura d’ impact le jour du vote. La campagne est très longue, ce qui fait que tout ce qui s’est dit jeudi soir aura sans doute été oublié par la plupart des gens dans l’isoloir, le 19 octobre.

De plus, les analystes politiques des grands réseaux ont surtout accroché sur deux échanges, le premier où M. Harper a reconnu du bout des lèvres que le pays est en récession, et le second où M. Mulcair a dû justifier sa position du 50 % + 1 lors d’un éventuel référendum portant sur la souveraineté du Québec (même en l’absence du bloquiste Gilles Duceppe, nous n’avons pas pu échapper à un affrontement sur l’unité nationale…).

Néanmoins, les Néo-Brunswickois sont sortis gagnants du face-à-face. Des circonstances particulières ont fait qu’ils seront plus en mesure de se forger une opinion sur le chef qui saura mieux les représenter aux Communes.

Une belle surprise.