Les secrets de la police de Bathurst

Le 12 janvier 2015, un homme d’affaires de Tracadie du nom de Michel Vienneau a été abattu par les policiers municipaux dans sa voiture, près de la gare de Bathurst, sous les yeux de sa conjointe. Ce terrible dénouement aurait-il pu être évité? Il se peut que nous n’ayons jamais la réponse. C’est inacceptable.

L’Acadie Nouvelle a dénoncé à quelques reprises par le passé le manque de transparence des autorités dans l’affaire Vienneau.

Il est en effet inconcevable qu’au Canada, la police puisse abattre un homme sans que la population sache exactement pourquoi elle a agi ainsi. Les agents de la Police municipale de Bathurst étaient-ils menacés? Michel Vienneau était-il considéré comme un homme armé et dangereux? Ne comptez pas sur les autorités pour vous le dire. Motus et bouche cousue.

L’identité des agents impliqués dans ce drame est de plus gardée secrète comme s’il s’agissait d’un secret d’État. Ils sont pour le moment assignés à des tâches administratives et nous ignorons s’ils seront un jour sanctionnés ou même s’ils ont été mutés hors de la région.

La GRC de la Nouvelle-Écosse a été mandatée pour enquêter sur ce dossier. Elle a remis son rapport à la mi-juillet, six mois après les faits. Sans surprise, aucun détail sur les résultats de cette investigation n’a filtré. Le dossier a été remis entre les mains du service des poursuites publiques du Nouveau-Brunswick, qui déterminera dans quelques mois si des accusations seront portées.

C’est à ce moment-là, lors d’un procès, que la vérité pourrait enfin être dévoilée.

Toutefois, si les procureurs décident de ne pas intenter de poursuite contre les agents responsables de la mort de M. Vienneau, le rapport ne sera jamais rendu public. Vous devrez faire confiance au jugement de la Gendamerie royale du Canada, au bureau du procureur général et à la Police municipale de Bathurst, mais sans savoir pourquoi. Dossier réglé, on passe à un autre appel.

«On vient nous dire que s’il n’y a pas d’accusation, vous ne saurez rien. C’est de la foutaise!», s’est insurgé l’avocat de la succession de la victime, Me Raymond Wade, dans les pages de l’Acadie Nouvelle. Ses paroles ne nous semblent pas trop fortes dans les circonstances.

Que ce soit à travers un procès ou une conférence de presse, la vérité doit être dévoilée.

Nous devons savoir pourquoi la police a abattu un homme dans sa voiture. Peut-être avait-elle d’excellentes raisons de le faire. Au contraire, peut-être s’agissait-il plutôt d’une bavure policière ou même d’un malheureux concours de circonstances. Peu importe la raison, le secret n’est pas une option.

Nous interpellons le ministre de la Sécurité publique et solliciteur général ainsi que ministre de la Justice, Stephen Horsman (un ancien policier), de même que le procureur général du Nouveau-Brunswick, Serge Rousselle.

Il est évident que ni l’un ni l’autre ne voudra se prononcer à propos de ce dossier épineux tant qu’il sera entre les mains de la justice. Les ministres Horsman et Rousselle doivent toutefois s’engager à rendre publiques toutes les informations sur cette enquête le moment venu, en particulier dans le cas où aucune accusation ne serait portée. Si la police refuse de justifier ses actions, il faudra que le gouvernement provincial lui force la main.

Un excellent exemple de transparence est le rapport portant sur la mort d’un suspect près du Colisée de Moncton, en juillet 2013. Les policiers avaient tiré quatre balles sur un homme armé d’un couteau qui marchait rapidement dans leur direction.

La police de Fredericton a enquêté, puis a dévoilé le résultat de son investigation lors d’une conférence de presse à Fredericton. Toute l’information avait été rendue publique, les auteurs du rapport avaient répondu aux questions des journalistes, etc (les policiers de Moncton avaient été blanchis, la preuve ayant été démontrée que l’individu est décédé des suites de coups de couteau infligés avant son face-à-face avec la GRC Codiac).

Nous réclamons la même chose dans le dossier Vienneau. Nous ne tolérerons pas que le silence perdure éternellement.

La Police municipale de Bathurst devra s’expliquer en détail et répondre aux questions au cours d’un procès et/ou en rendant public le rapport d’enquête de la GRC de la Nouvelle-Écosse. Si elle ne le fait pas, nous nous attendons à ce que le gouvernement Gallant agisse rapidement et fasse la lumière sur cette histoire.