Un baume sur l’Acadie

Des milliers de personnes qui marchent dans les rues, qui font du bruit au coeur de dizaines de communautés en Atlantique et ailleurs, le tricolore étoilé qui flotte au vent et le message d’un peuple qui se fait entendre et qui rappelle que malgré les affres de l’histoire, il est toujours là, plus fort et plus vivant que jamais. Y a-t-il une plus belle tradition que le 15 août en Acadie?

Les activités de la Fête nationale de l’Acadie continuent de gagner de l’ampleur année après année. Le tintamarre de Caraquet a attiré à peu près autant de fêtards que lors de l’historique marche du Congrès mondial acadien de 2009, un record que l’on croyait intouchable.

La région de Moncton-Dieppe a présenté de grands spectacles et un festival toujours plus populaires, Bouctouche et Tracadie organisent des festivités qui gagnent sans cesse en importance… Même à Sainte-Anne-de-Madawaska, petit village situé entre Edmundston et Grand-Sault, 300 personnes ont participé aux célébrations!

La Fête nationale de l’Acadie a de cela d’exceptionnelle qu’elle est joyeuse et inclusive. Le temps d’une journée, tous les problèmes et défis sont mis de côté. Pendant quelques heures, il n’y a plus d’Acadiens d’adoption ou de souche, de Brayons, de francophones, d’anglophones, d’immigrants ou de touristes. Il n’y a que des milliers de personnes qui ont le goût de s’amuser. Même le maire de Fredericton, Brad Woodside, qui a passé la dernière année à souffler sur les braises de la discorde linguistique, a participé au lever du drapeau acadien dans la capitale.

Au N.-B., le 15 août est plus qu’une fête. C’est un moment rassembleur.

Cette année, les festivités ont aussi servi de baume pour le peuple acadien. C’est que les derniers mois n’ont pas toujours été faciles sur le front linguistique et identitaire.

Les critiques et les attaques ont été nombreuses, encore plus qu’à l’habitude. Une situation qui a poussé l’ancienne directrice du Conseil consultatif sur la condition de la femme, Rosella Melanson, à qualifier sur son blogue et dans les pages de l’Acadie Nouvelle la dernière année d’annus horribilis en Acadie.

Elle n’a pas tort.

Depuis le 15 août 2014, l’actualité a été remplie de controverses linguistiques qui ont presque toute la même chose en commun, soit des citoyens qui trouvent que les francophones ont trop de droits et que ceux-ci coûtent cher. Pas plus tard que la semaine dernière, une «association pour les droits des anglophones» (ça ne s’invente pas!) a vu le jour, un peu comme si les personnes de langue maternelle anglaise étaient victimes d’injustices dans notre province.

Des députés et des maires ont remis en question la dualité linguistique dans le transport scolaire. La controverse refusant de mourir, le ministre de l’Éducation Serge Rousselle a lancé les dés et fait un renvoi au résultat incertain à la Cour d’appel du N.-B. La justice déterminera donc si nos enfants ont le droit de voyager dans un envi-ronnement unilingue francophone.

Plus récemment, le principal organisme voué à la défense de nos droits linguistiques, la Société de l’Acadie du N.-B., s’est retrouvé dans la tourmente. Le Forum de concertation des organismes a tenté de pousser la présidente à la démission et paralyse du même coup le fonctionnement de la SANB.

De plus, un rapport de la Commissaire aux langues officielles du N.-B. recommandant que les fonctionnaires de l’Assemblée législative (ombudsman, vérificateur général, etc) ainsi que les hauts fonctionnaires du gouvernement soient bilingues a été tourné en dérision par un ministre important, le parti politique de l’Alliance des gens du N.-B. poursuit sa lutte contre la dualité et le bilinguisme, des gens de mauvaise foi répètent à tous vent que le Nouveau-Brunswick vit dans un régime de ségrégation, Ambulance NB peine à convaincre son propre syndicat de l’importance d’avoir des équipes bilingues…

Etc, etc, etc.

La bonne nouvelle (car il y en a une), c’est que ces attaques, bien qu’elles ralentissent notre marche vers l’égalité réelle, n’ont pas concrètement pour effet de miner nos acquis constitutionnels. Des voix s’élèvent aussi contre ces sources de division. Allez jeter un coup d’oeil dans les médias sociaux à l’aide du mot-clic #AngloswithAcadians et vous verrez que ce ne sont pas tous les anglophones (au contraire!) qui ont une crotte sur le coeur contre les Acadiens.

Le 15 août a été une nouvelle occasion de montrer au monde notre vitalité. La fête est terminée, il faut maintenant retrousser nos manches et poursuivre le travail.