Mieux vaut tôt que tard

Après avoir enduré les critiques pendant tout l’été, le premier ministre Brian Gallant a finalement baissé les bras. Il a annulé les changements prévus à la politique sur les foyers de soins. Les aînés n’auront plus à craindre pour leurs économies.

Il n’y a pas de façon de dorer la pilule. C’est un recul majeur pour un gouvernement qui se targue de ne pas avoir peur de prendre les décisions difficiles afin de ramener la province sur la voie de l’équilibre budgétaire.

La politique en question prévoyait de faire passer la contribution maximale par jour de 113 $ à 175 $ pour les aînés qui vivent dans un foyer. Sur une base annuelle, cela représente une hausse maximale d’environ 23 000 $. Le Nouveau-Brunswick serait aussi devenu l’une des rares provinces à considérer dans son calcul, en plus des revenus, certains actifs financiers tels que les économies des résidents (l’argent comptant), les actions et les obligations.

Fredericton ne pouvait ignorer qu’une telle réforme allait provoquer la colère de toute une tranche de la population. Personne n’aime être ciblé par une hausse de taxe ou de tarifs. Encore moins quand il s’agit des économies de toute une vie.

Cela n’a pas empêché le premier ministre ainsi que sa ministre du Développement social, Cathy Rogers, d’annoncer au début mai les détails de la nouvelle politique, puis de jouer la ligne dure malgré les critiques, les assemblées publiques, la formation d’une coalition et d’autres moyens de pression mis en place par les personnes visées.

Le gouvernement s’est défendu en disant que plusieurs actifs seraient exclus du calcul, par exemple les REÉR, mais aussi les actifs matériels tels que la maison familiale (même après avoir été vendue), les chalets et les véhicules. Il a insisté pour dire que seul un faible pourcentage des personnes âgées (les plus riches) seraient touchées et que les moins bien nantis verraient même leurs contributions diminuer.

En vain.

Les responsables gouvernementaux n’ont jamais été capables de communiquer efficacement leur message. Des milliers de citoyens à la retraite, des plus démunis aux plus aisés, ont cru à tort ou à raison que leurs économies étaient à risque et que les fonctionnaires pigeraient joyeusement dans celles-ci aussitôt qu’ils déménageraient dans un foyer. Malgré tous ses efforts, le gouvernement n’a pu rassurer cette partie importante de l’électorat.

Dans les circonstances, Brian Gallant avait deux options. Il pouvait continuer à traîner ce boulet pour le reste de son mandat ou le larguer et passer à autre chose. Il a choisi la deuxième option. Tant qu’à reculer, il était aussi bien de le faire le plus tôt possible. Dans trois ans, lors du déclen-chement des élections provinciales, tout le monde aura oublié cette controverse.

Néanmoins, cette volte-face reste surprenante. Nous parlons après tout d’un gouvernement qui ferme des écoles, des palais de justice, des bureaux de Service NB et qui considère la possibilité de réduire les heures d’ouverture des salles d’urgence des petits hôpitaux. Toutes ces décisions – prises ou à venir – sont très mal accueillies par les populations touchées.

Il ne faut cependant pas oublier un élément majeur qui a sûrement joué dans les événements des derniers jours: la campagne électorale fédérale. Les conservateurs ont récemment utilisé la politique sur les aînés du gouvernement Gallant dans une publicité négative visant à nuire au chef libéral Justin Trudeau. Celui-ci tente de faire des gains au Nouveau-Brunswick, où son parti ne compte qu’un seul député (Dominic LeBlanc) sur dix circonscriptions.

Ne faisons pas l’erreur de croire que les libéraux fédéraux et provinciaux évoluent dans des mondes parallèles. Ce n’est pas une coïncidence si Brian Gallant a reculé sur la question des frais imposés aux aînés la même semaine où Justin Trudeau a dévoilé une lettre de huit pages dans laquelle il s’engage à appuyer plusieurs des priorités identifiées par son «bon ami Brian». Le premier ministre Gallant estime qu’il serait très profitable à son parti et au Nouveau-Brunswick si Justin Trudeau est porté au pouvoir. Quitte à effectuer un recul stratégique pour ne pas nuire à la campagne du grand frère.

Il y aura toutefois un prix à payer. Désormais, tout le monde dans la province sait qu’il est possible de faire reculer le gouvernement Gallant s’il sent la soupe suffisamment chaude. Ils sont nombreux à en avoir pris bonne note.

Les importantes compressions qui doivent être annoncées dans le prochain budget risquent d’être encore plus difficiles à imposer que prévu.