Un automne qui sera chaud

L’automne – ainsi que les dernières semaines d’été – s’annonce chaud, très chaud même. Et cela n’a rien à voir avec la météo, ni avec les élections fédérales.

Dans une conférence de presse commune, mercredi, les représentants des trois districts scolaires francophones du Nouveau-Brunswick ont annoncé comment ils s’y prendront pour décider du sort des petites écoles et de celles qui sont sous-utilisées.

L’exercice leur a été imposé par le gouvernement provincial. La loi les force désormais à effectuer une étude de viabilité aussitôt qu’une école compte moins de 100 élèves ou qu’elle est occupée à 30 % ou moins de sa capacité. Dans le secteur francophone, treize écoles sont dans cette situation (cinq dans Kent, cinq dans le Nord-Est et trois dans le Madawaska).

Le processus ne signifie pas que ces écoles seront automatiquement fermées. Si on lit entre les lignes, on comprend toutefois que Fredericton cherche à faire des économies et s’attend à ce que les districts scolaires recommandent la fermeture d’au moins quelques-unes d’entre elles. Le statu quo ne sera probablement pas acceptable.

Dans un monde idéal, le gouvernement provincial serait appelé à privilégier la salle de classe avant le béton. La fermeture ou le regroupement d’écoles – certaines situées à moins d’une dizaine de kilomètres l’une de l’autre – permettrait de dégager des fonds qui seraient réinvestis directement dans l’éducation des élèves.

Ce n’est pas si simple.

Aucun parent, aucune communauté n’estime que son école a fait son temps. Tous estiment que «leur» école est le meilleur endroit pour l’éducation de leurs enfants. Plusieurs sont prêts à se battre.

Fermer un établissement scolaire est complexe au Nouveau-Brunswick. Depuis les émeutes de Saint-Sauveur et de Saint-Simon, en 1997, les gouvernements marchent sur des oeufs.

La Charte canadienne des droits et libertés, qui protège le droit de la communauté francophone du N.-B. à ses institutions, complexifie encore plus le dossier. Impossible de fermer une école sur un mouvement d’humeur du ministre. Il faut suivre un long processus. Et c’est parfait comme ça.

Une bonne trentaine d’assemblées ont ou auront lieu d’ici la fin décembre. Certaines sont réservées aux parents, d’autres à la communauté, alors que plusieurs sont ouvertes à tous. Trois séances auront lieu pour chaque école. Une première pour expliquer le processus, une deuxième pour permettre aux parents de proposer des solutions de rechange et une dernière pour aviser la population des recommandations.

Des rencontres ont déjà eu lieu à Saint-Louis-de-Kent et à Sainte-Anne-de-Madawaska. Elles nous donnent déjà une bonne idée de ce qui nous attend cet automne. Des parents ont marqué leur opposition à la fermeture. Ils ont expliqué qu’elle ferait mal à la communauté, que la qualité de l’enseignement y est excellente, que de longs voyages en autobus sont stressants et dangereux et que s’il faut se résoudre à fermer des écoles, il vaut mieux cibler celles des autres communautés.

Ce discours sera répété encore et encore dans chacun des treize établissements visés. Répétons-le une nouvelle fois: personne ne veut voir l’école de sa communauté disparaître.

C’est pourtant ce qui risque d’arriver. Le processus est d’ailleurs plus avancé du côté anglophone, où deux écoles ont déjà fermé. La réaction n’a pas été plus positive. Des parents ont mené leur combat devant les tribunaux. La cour a servi un sérieux avertissement au gouvernement sur l’importance pour celui-ci et les districts scolaires de bien respecter les règles en place. Cela n’a cependant pas permis pour le moment de rouvrir les écoles en question.

Les plus grandes réussites sont celles où les parents ont accepté de participer à un projet commun, par exemple la construction d’une nouvelle école régionale (Clair, Balmoral, Campbellton) ou encore la réorganisation des écoles d’une région (Rogersville, Grand-Sault). À l’inverse, les fermetures imposées sont très mal accueillies (Rivière-du-Portage, Saint-Léolin).

Au moins, le gouvernement a choisi une façon crédible et transparente d’agir sur cet enjeu. On le voit dans le dossier de la fermeture du bureau de Service NB de Saint-Quentin, il n’y a rien de pire que d’annoncer une mauvaise nouvelle en cachant les véritables raisons (sans doute politiques) qui ont mené à la décision. Dans le cas des écoles, les districts scolaires sont déterminés à donner la bonne information et laisser la parole aux parents et citoyens.

En démocratie, c’est encore la meilleure façon de fonctionner.