Nul ou pas, il faut voter

De mystérieuses pancartes ont fait leur apparition dans la région de Moncton. Leur message aux citoyens? «Votez blanc». À défaut d’offrir un message constructif, elles ont le mérite de nous faire réfléchir sur notre responsabilité en tant qu’électeur, une fois seul dans l’isoloir, devant le bulletin de vote.

Ce n’est pas parce qu’il y a un Parti vert qu’il y a aussi un Parti blanc. Les pancartes en question n’encouragent pas une formation politique en particulier. C’est pour cela qu’Élections Canada ne les considèrent pas comme étant de la publicité partisane illégale.

Les pancartes affichent le slogan «Votez blanc» accompagné de trois carrés vides, où ne retrouve pas le fameux X que nous sommes censés dessiner à côté du candidat de notre choix, dans l’isoloir.

Le message de base est clair. Ceux et celles qui posent les yeux sur ces affiches sont fortement encouragés à voter tout en n’appuyant aucun candidat.

Ce qui est moins clair, par contre, c’est l’objectif visé par la ou les personnes qui ont pris le temps de planter lesdites pancartes.

Est-ce un message contre les candidats de la circonscription de Moncton-Riverview-Dieppe? Le conservateur et député sortant Robert Goguen, la libérale Ginette Petitpas-Taylor, le néo-démocrate Luc LeBlanc, le représentant du Parti vert Luc Melanson ainsi que Daniel Mlodecki, du Parti pirate du Canada (vous avez bien lu…) se livrent une lutte imprévisible. Bien malin qui peut prédire avec certitude l’issue de l’élection.

Se peut-il que les commanditaires du vote blanc soient insatisfaits de la qualité des candidats susnommés? Ou s’agit-il plutôt d’un appel à tous, qui vise toutes les régions du Nouveau-Brunswick? Impossible de le savoir puisque les responsables restent cachés dans l’anonymat. Ce n’est pas la plus courageuse des stratégies, sans compter qu’elle nous empêche d’en apprendre plus sur leurs motivations.

Le vote blanc (déposer son bulletin sans cocher de case) et son petit frère, le vote nul (annuler son vote en cochant plus d’un candidat, en apposant ses initiales ou en barbouillant le bulletin) existent depuis toujours. Il n’y a rien de mal à cela. Ils permettent aux électeurs de remplir leur devoir de citoyen et de voter même s’ils ne se reconnaissent pas dans les candidats.

Lors des dernières élections fédérales, en 2011, des milliers de Néo-Brunswickois ont ainsi choisi d’annuler leur vote. Bizarrement, il semble que ce sont les électeurs des circonscriptions à forte majorité franco-phone qui sont les plus enclins à se servir de ce privilège. Acadie-Bathurst (595 bulletins rejetés), Madawaska-Restigouche (577) et Beauséjour (534) sont les circonscriptions où l’on a compté le plus de bulletins rejetés en 2011. Aucune autre circonscription dans la province n’en comptait 400 ou plus.

Cela dit, il y a une énorme différence entre refuser d’appuyer un candidat pour des raisons qui peuvent être très légitimes et mener une campagne pour encourager la population à voter blanc ou nul sans raison. Annuler son vote doit être un geste politique à la suite d’une réflexion. Il ne doit pas être pris à la légère et surtout pas s’inscrire dans une campagne à grande échelle.

C’est encore plus vrai dans la campagne électorale actuelle, où nous avons rarement eu la chance de voir autant de diversité. D’importantes différences séparent les principaux partis politiques. La plateforme conservatrice n’a rien à voir avec celle du Parti vert. Libéraux et néo-démocrates proposent aussi des politiques qui leur sont propres. Il est révolu le temps où on pouvait dire que les partis sont «tous pareils». Ce n’est plus vrai.

Nous ne voyons donc aucune raison pour laquelle il faudrait encourager la population à annuler son vote. Pour cette même raison, nous appuyons la décision d’Élections NB de ne pas ajouter «Aucun de ces candidats» sur ses bulletins de vote électronique, même si cela signifie que les personnes qui annulent leur vote ne pourront plus le faire dans l’anonymat le plus complet (les appareils de vote à tabulation de la province émettent un bruit si le bulletin n’est pas rempli correctement).

Cela dit, l’important reste que nous soyons nombreux à exercer notre droit de vote. Que ce soit un vote nul, blanc ou en appui à un candidat, pas question de rester à la maison. Il faut voter!