Le jeu en vaut la chandelle

Une rare bonne nouvelle économique a fait la manchette au N.-B. ces derniers jours. BMM Testlabs, une entreprise fondée en Australie, qui est basée aux États-Unis et qui a un bureau à Dieppe, a annoncé la création de 1000 emplois dans la région de Moncton.

Il s’agit de la plus grosse annonce de création d’emplois de l’histoire du Grand Moncton, mais aussi de l’une des plus importantes subventions accordées par le Nouveau-Brunswick.

C’est pourquoi certains ont applaudi alors que d’autres disent craindre d’assister à un gaspillage de fonds publics. Ceci explique cela.

L’Acadie Nouvelle a critiqué par le passé la tentation des gouvernements de subventionner des entrepreneurs qui promettent de créer des centaines d’emplois. L’industrie du textile et celle des centres d’appels comprennent leur large part d’entreprises qui sont venues ici ouvrir un bureau ou une usine, encaisser nos millions avant de fermer les livres et de partir à la recherche d’un autre gouvernement désireux de subventionner leurs opérations.

Le pire cas des dernières années est certainement l’entreprise Atcon, à Mira-michi. L’économie de la région était moribonde. Pour des raisons politiques, le gouvernement de Shawn Graham a sacrifié plus de 70 millions $, contre l’avis de ses propres fonctionnaires, et alors que le premier ministre était en conflit d’intérêts, dans une tentative ratée de sauvetage de l’entreprise. Nous ne reverrons plus la couleur de cet argent.

Atcon est encore frais à la mémoire de nos politiciens, si bien que le chef du Nouveau Parti démocratique, Dominic Cardy, n’a pas hésité à raviver le spectre de ce scandale lors de l’annonce de BMM Testlabs. Il croit qu’il s’agit d’un autre exemple malavisé de subventions corporatives.

Bien que la position de M. Cardy soit conséquente avec celle du NPD, qui souhaite mettre fin à «l’aide sociale aux grandes entreprises», sa réaction est très populiste. BMM Testlabs semble à première vue une entreprise sérieuse et solide. À moins que M. Cardy ait obtenu de l’information secrète des fonctionnaires, rien ne nous laisse croire que nous sommes en train de subventionner généreusement une entreprise qui vogue allègrement vers la faillite, comme c’était le cas avec Atcon. La comparaison est facile, mais boiteuse.

Contrairement à la plupart des centres d’appels, BMM Testlabs a le mérite de compter sur de nombreux clients et contrats. Elle est établie au Nouveau-Brunswick et jouit d’une bonne réputation. La région de Moncton et de Dieppe compte déjà sur une expertise en matière de nouvelles technologies et de jeux vidéo, la formation est offerte au collège communautaire… Bref, les astres semblent bien alignés.

Il faut cependant reconnaître que nous avons le souffle coupé face à l’ampleur des subventions offertes. Les emplois seront financés par nos fonds publics à la hauteur de 20 000 $ par emploi créé, jusqu’à un maximum de 14 millions $. C’est énorme, surtout quand on pense que le salaire de base sera d’environ 32 000 $ annuellement. La subvention couvrira donc dans certains cas plus de 60 % de la rémunération!

Néanmoins, il faut reconnaître que le Nouveau-Brunswick ne vit pas en vase clos. Notre province évolue dans un échiquier mondial où tous les gouvernements cherchent à attirer des investissements étrangers dans leur juridiction respective. Il faut jouer le jeu ou mettre une croix sur ces emplois potentiels. Dans ces conditions, l’important est d’agir intelligemment, d’investir dans les secteurs en croissance et de ne pas subventionner n’importe quel mirage, comme nous l’avons fait trop souvent par le passé.

Le fait que l’entreprise affirme avoir rejeté d’autres propositions plus généreuses en provenance d’autres pays (petit bémol, nous n’avons pas d’autre choix que de la croire sur parole), qu’elle est bien implantée dans la région et qu’elle entend prendre son temps afin de faire les choses comme il le faut (les postes seront créés sur cinq ans) minimise les risques et joue en faveur du gouvernement.

L’avenir nous dira s’il s’est trompé.

En attendant, le véritable gagnant de cette annonce est le premier ministre Brian Gallant. Son bilan économique est franchement mauvais depuis son arrivée au pouvoir. Au cours des prochains mois, chaque fois qu’il subira le feu des critiques à la suite d’une hausse du taux de chômage, il pourra se draper dans ces 1000 emplois. Il ne s’en privera pas lors de la rentrée législative, cet automne.